Le sumo

Le populaire tournoi annuel de sumo d'Osaka, mars 2015.

Le populaire tournoi annuel de sumo d'Osaka, mars 2015.

En mars dernier, j'ai eu le bonheur d'assister à Osaka à un des six tournois annuels majeurs de sumo (les « honbasho »). Évidemment, comme tout bon occidental, ma connaissance préalable du sumo consistait uniquement à savoir qu'il faut être (très) gros pour y participer. Accompagné de l'ami Louis, passionné et naturalisé japonais, j'ai cependant appris, et aimé!, très rapidement.

Première surprise, les combats sont très rapides. Une seule manche. Et un excellent combat atteindra rarement la durée d'une minute, sinon ça tourne autour de dix à quinze secondes en moyenne. Ce qui explique un peu l'euphorie du stade dans cette vidéo :

Il n'y a aucune catégorie de poids au sumo. Ce n'est cependant pas toujours le plus gros qui gagne... ce qui semble ravir le public à chaque fois! Que ce soit par sa technique, son centre de gravité, sa force - plutôt que par la graisse! - l'important est de sortir son adversaire du cercle ou de lui faire toucher le sol en premier.

Chaque tournoi complet dure 15 jours, à environ 10 heures par jour. Chacun des lutteurs n'allant dans le cercle qu'une fois par jour ou deux jours. La journée est cependant construite de façon à ce que l'intensité et la qualité des lutteurs et des combats va en croissant du matin au soir.

Mais même chez les jeunes recrues, la force des athlètes se frappant au choc initial est vraiment impressionnante. Ayant passé une partie de la journée en troisième rangée, je pouvais littéralement sentir le sol vibrer et avais l'impression de voir des taureaux se rentrer dedans!

La force déployée pour bouger son adversaire est tellement importante qu'il n'est pas rare que les lutteurs aient besoin de se reposer l'un sur l'autre en plein milieu du combat avant de pouvoir continuer.

Comme à peu près tout au Japon, le sumo est très traditionnel. Des couleurs de l'habillement des lutteurs  et de l'arbitre (voir la vidéo), en passant par tout le rituel préparatoire au combat, c'est un délice pour les yeux d'admirer le respect que les lutteurs ont envers leur sport, les arbitres, le public, et vis-à-vis des autres athlètes.

Les lutteurs se saluent en s'inclinant avant et après le combat, et saluent le cercle après celui-ci. Avant le combat, les lutteurs prennent aussi du sel en main et le lance à l'intérieur du cercle pour le « purifier ». Pour les meilleurs combattants, ceci prend une signification encore plus grande et devient un rituel qui dure des fois cinq fois plus longtemps que le combat en tant que tel - chacun des lutteurs faisant des aller-retours du centre du cercle au sel, probablement pour enlever le focus de son adversaire. À chaque aller-retour, la tension et l'excitation de la foule montant d'un cran!

Il arrive parfois certains accidents. Les juges sont assis tout autour de la plate-forme de combat et j'ai vu à quelques reprises des lutteurs se faire lancer ou tomber sur les juges, qui doivent se déplacer rapidement afin d'éviter d'être écrasés sous plusieurs centaines de livres!

Même chez les lutteurs, il est très fréquent de voir des bandages aux doigts, genoux et toutes articulations. Peut-être justement parce qu'il s'agit d'un sport traditionnel de combat, où l'honneur est primordial, les blessures ne font pas plaisir à personne, aux lutteurs comme au public. Elles ne peuvent toutefois pas être évitées. Il n'y a pas de médecin sur place et si un combattant est blessé, il doit quand même saluer son opposant, le cercle, et tenter de sortir de l'arène du mieux qu'il peut. Lors de ma journée au tournoi d'Osaka, tout le stade avait mal pour un lutteur qui semblait s'être fracturé la jambe en tombant de la plate-forme, et qui tentait de sortir en suivant le rituel.

Un peu comme lorsque l'on va à la cabane à sucre affublé d'une chemise rouge à carreaux, les Japonais sont friands de s'habiller traditionnellement dans les endroits typiquement culturels. Ainsi, on retrouvera des kimonos par dizaines lors de visites de temples ou dans les plus vieux quartiers, ainsi que lors d'un match de sumo. Les femmes particulièrement prennent un soin extrême de leur apparence pour toute sortie publique. Cela va de l'habillement aux cheveux et maquillage, jusqu'à la façon de se tenir droite.

Comme j'assistais à la dernière journée du tournoi, c'était aussi la remise des prix au gagnant. Au singulier car c'est vraiment un cas de winner takes it all. Pour ajouter au folklore, mêmes les ambassadeurs des pays étrangers remettent des prix typiques au gagnant du tournoi ainsi qu'à son école de sumo.

Pour vous donner quelques exemples, le vainqueur est reparti avec des dizaines de caisses de Corona de l'ambassadeur du Mexique, plusieurs meules de fromage de ambassadeur de Suisse, et avec de l'essence pour une année d'un pays du Moyen-Orient!

Bref, si jamais vous avez la chance d'assister à ce sport noble et typiquement japonais, je ne saurais  recommander assez cette expérience qui vous remplira les yeux, les oreilles et la tête de questions et d'émotions!

Note : Plus d'informations sur le sumo sur Wikipédia.