L'entrée à Istanbul - va donc jouer dans le trafic

Après la Bulgarie et la Grèce, mon frère termine bientôt son périple à vélo en ma compagnie. Il ne nous reste qu'à atteindre calmement Istanbul et à profiter de la ville. C'était sans compter nos problèmes mécaniques et de circulation.

Ceci dit, commençons par le début. Peu après les douanes turques, nous quittons officiellement l'Europe et entrons à Edirne, une ville de 150 000 habitants près de la frontière grecque. Quel changement immédiat ! La circulation y est chaotique, on voit d'immenses minarets partout sur l'horizon, et la majorité des femmes sont voilées et portent de grandes robes amples.

Après une traversée rapide de la ville, nous embarquons sur l'accotement de l'autoroute D100, que nous suivrons littéralement jusqu'à Istanbul. On se fourre des écouteurs dans les oreilles, et on tente d'oublier le bruit des camions qui nous passent à répétition à quelques pieds de la tête.

Les crevaisons

Sur les presque 4000 kilomètres que j'ai traversés entre l'Angleterre et la Turquie, je n'ai eu que deux crevaisons. Mais fouille-moi pourquoi, dans les quelques jours que nous avons mis à atteindre Istanbul de la frontière turque, mon frère et moi en avons fait conjointement cinq, incluant un pneu complètement explosé.

Explication pour le néophyte du vélo. Un pneu de vélo n'est pas comme un pneu d'auto. Le pneu est l'enveloppe extérieure seulement. À l'intérieur, il y a un tube en caoutchouc qu'il est possible de réparer avec des rustines (des patchs). Au pire, tu changes le tube qui ne coûte que quelque dollars. Mais quand ton pneu au complet déchire, ça va plus mal, tu dois t'en trouver un autre quelque part.

Reprise de l'histoire. Dix kilomètres après la ville de Luleburgaz, c'est donc une explosion de pneu qui arrive à Sacha. Son vélo rapide, pas conçu pour ce genre de voyages, n'a pas pu supporter longtemps le poids des bagages, et son pneu a rendu l'âme sur le bord de l'autoroute. On tente une réparation de fortune, mais ce n'est que temporaire. Ne sachant pas où on pourrait trouver la prochaine boutique de vélo, on décide alors de revenir sur nos pas, de dormir à Luleburgaz et de visiter la boutique que j'ai aperçue en traversant la ville plus tôt.

Kerim, et son épouse Özlem, à Luleburgaz.

Kerim, et son épouse Özlem, à Luleburgaz.

Le lendemain, on se rend au magasin en question. Je fais mon sympathique et je me mets chummy boy avec le propriétaire, Kerim, et son épouse Özlem. En partant, il nous fait un prix spécial et nous offre même des cadeaux pour nos vélos à l'effigie de son magasin.

Puis on retourne sur notre amie la D100 pour toute la journée. Autour, ce ne sont que des champs et ça devient plus peuplé. Pas grand place pour cacher une tente. On passe en avant d'un hôtel qui a l'air pas mal et je le propose à Sacha.

Mais pour ne pas briser ma réputation de choisir les pires endroits, l'hôtel est probablement dans mon top 3 des plus dégueulasses à vie, ce qui en dit beaucoup. Tu ne veux même pas voir les photos. On réalise qu'on est seulement trois clients dans l'immense hôtel, et il y a tellement de moisissures que Sach suggère qu'ils utilisent peut-être les autres étages pour faire pousser des plantes illicites... On dort dans nos sacs de couchage.

L'hôtel qui rachète tous mes mauvais choix

On reprend la route... sur la D100 qui n'a même plus d'accotement. Fac on est pas mal dans la circulation automobile. Ça devient dangereux et même l'asphalte est plus raboteux et inégal. Après une quarantaine de kilomètres, on commence à longer la mer de Marmara et on s'arrête à une plage pour quelques minutes de repos... qui se transforment en une heure. Je commence à regarder nos options d'hôtels sur internet car il est évident qu'on ne se trouvera pas une place de camping dans cette immense banlieue de béton.

J'en spotte un quelques kilomètres plus loin sur la route. En plus, il n'est qu'au tiers du prix régulier. Comme Sacha a réservé notre endroit pour Istanbul et qu'on y sera le lendemain, c'est ma dernière chance de racheter tous les endroits où je l'ai fait dormir. Je ne comprends pas pourquoi mais mon frère remet encore sa nuit entre mes mains.

Mais cette fois, c'est la bonne ! On arrive sur place et on se sent comme Estéban lorsqu'il découvre les cités d'or.

On est accueilli par plusieurs employés, dont un porteur pour nos sacoches... et un service de valet pour nos vélos ! La chambre est immense, il y a deux piscines, une plage, un incroyable déjeuner buffet inclus, et j'en passe. Et on peut profiter de tout ça pour le reste de la journée ! Je prends le commentaire suivant de mon frère pour des félicitations.

F*ck Istanbul, on reste ici !!
- Sacha B. Roy
Notre hôtel vu de la jetée. Nous sommes dans la tour à droite.

Notre hôtel vu de la jetée. Nous sommes dans la tour à droite.

Notre hôtel vu de ma chaise longue.

Notre hôtel vu de ma chaise longue.

Va donc jouer dans le trafic

Mais notre repos est de courte durée. Dès le lendemain matin, nous revoilà sur la D100. Istanbul compte plus de 15 millions d'habitants, et de par sa géographie, il n'y a à peu près qu'une route pour y entrer de l'ouest.

Les autos sont tellement proches l'une de l'autre qu'on ne peut même pas passer entre avec nos vélos. Nous sommes littéralement directement sur l'autoroute pendant des dizaines de kilomètres. Dans un pays où le cyclisme est plus que marginal, nos sens sont en éveil toute la journée ! En fait, ça ne roule tellement pas qu'il y a des vendeurs de bouteilles d'eau debout au beau milieu de l'autoroute.

Ultimement, on finit par se rendre à Istanbul, au quartier historique de Sultanahmet, où je resterai pour quatre journées. Pour mon frère, ça ne sera qu'une seule trop courte journée. Avec tristesse, je lui dit au revoir, et merci pour sa présence, son humour et sa patience. Il fut un excellent compagnon de pédales et j'espère avoir la chance de refaire cette expérience avec lui.

D'ici là, mes aventures se poursuivent en Turquie. Dans le prochain texte, je vous présente la très vieille ville d'Istanbul.