Le vent me souffle du couscous et des jus en boîte

Le vent de face continue d'être mon compagnon quotidien. À chaque matin, je sors de ma tente en espérant que ce dernier ait changé de bord et souffle maintenant du côté qu'il est supposé, mais c'est peine perdue. Je reprends la route en bataillant ferme pour chaque kilomètre pendant une semaine.

Un moment donné, je dois même pédaler en descendant les côtes. Heureusement, mes cheveux sont tellement gras que même en roulant sans casque dans ce vent, je garde ma coupe de cheveux d'acteur britannique. Faut rester positif.

Le bon samaritain

Il semble que mon air de forçat ait quand même ses avantages. Une journée, alors que je suis en pause sur le bord de la route, un homme s'arrête et me fait signe d'aller le voir. Sans qu'on puisse se comprendre, il me donne un merveilleux lunch avec de la saucisse, du couscous... et des petits jus en boîte! Je repars heureux.

Ce soir-là, la Turquie se fait aussi pardonner en se montrant photogénique.

Un Jonathan heureux.

Un Jonathan heureux.

La vue de mon campement à Zara.

La vue de mon campement à Zara.

Le lendemain, rien de nouveau sous le soleil. Je maintiens toujours, en forçant, une triste moyenne d'à peu près 10 km/h. C'est mentalement difficile de continuer et je me mets à rêver à une piscine, à des piscines même. Ouais, je me baignerais dans deux piscines en même temps. Une piscine à l'intérieur d'une autre piscine.

C'est là qu'un camion blanc que je reconnais ralentit, arrête, et me fait signe d'aller le voir. Ben non, ce n'est pas un mirage, c'est mon même sauveur qu'hier ! On ne dit rien de plus que la veille, et cette fois, il a deux lunchs pour moi. Juste comme je me disais qu'il faudrait que je trouve une épicerie, me voilà gras dur avec deux nouveaux incroyables repas, des collations et d'autres petits jus en boîte ! J'en aurais assez pour me baigner dans une piscine de petits jus en boîte.

Quelques heures plus tard, à presque 2 000 m d'altitude, je décide d'arrêter au lac Kizilirmak. C'est probablement le plus bel endroit où j'ai campé. Complètement seul, je me permets même de m'y laver. Bonus, il est moins froid que je pensais! Je repars un nouvel homme.

Probablement le plus bel endroit où j'ai campé, le lac Kizilirmak.

Probablement le plus bel endroit où j'ai campé, le lac Kizilirmak.

Le vent tourne

L'asphalte a bien souvent une belle apparence noire en Turquie. Mais ce n'est qu'un leurre. Il est mou, forme des ornières, se défait en petites pépites et colle aux pneus. Mais bon, au moins c'est de l'asphalte!

C'est sur ce bitume que je monte à nouveau, jusqu'à plus de 2 200 m cette fois. La descente est cependant magique de l'autre côté. Je suis le flanc de la montagne durant des dizaines de kilomètres jusqu'à ce que j'atteigne bientôt l'endroit où je devrai tourner à gauche pour attaquer la chaîne de montagne de front, afin d'atteindre la mer Noire au nord. Je ne suis pas fâché d'y être rendu. Après avoir poussé contre ce vent de face durant les trois dernières semaines, un changement est bienvenu.

Le dieu des vents interprète mal mon souhait. Deux kilomètres avant que je pique vers le nord, c'est le vent lui-même qui change finalement de direction à 180 degrés. Je l'ai maintenant dans le dos !

Ben coudonc, je l'aurai eu dans le dos pour deux kilomètres, faut rester positif !


Le 5000e

Malgré le vent turc, la neige autrichienne, la pluie française, les routes bosniennes, j’ai atteint mon 5000e kilomètre au compteur durant cette difficile semaine. J'ai peine à croire que c'est déjà le tiers de mon voyage. Tellement de choses sont déjà derrières. Tellement plus sont encore en avant. Chose certaine, j'ai déjà beaucoup appris dans cette aventure, et je suis persuadé que rien ne pourra plus être à mon épreuve à la fin de ce périple géographique et mental.