Deux retours de Da Nang

Pour la dernière ligne droite avec le paternel, nous nous accrochons les pieds dans un col surprise et avec la bureaucratie aéroportuaire vietnamienne.

Je dois vous avouer que j'étais un peu inquiet de devoir passer 24 heures par jour avec mon Pops, surtout pour un mois au complet. Nous avons une excellente relation père-fils, mais aurait-on des choses à se dire pour une aussi longue période ?

Je m'étais finalement inquiété pour rien.

Non seulement nous avions des choses à nous dire, mais j'ai surtout appris à connaître mieux mon père durant ces quelques semaines que durant toutes les dernières années où nous habitions à quelques minutes l'un de l'autre.

Retrouver mon émerveillement

En plus, Pops m'a aidé à voir des choses dont je ne m'apercevais même plus plus à force d'être sur la route.

Comme l'absence de magasins et l'omniprésence des échoppes vendant toutes la même chose. Comme le bonheur des enfants de nous voir. Comme la pauvreté, la difficulté de la vie quotidienne.

Bien sûr, je continuais à voir cette réalité, mais celle-ci fait maintenant tellement partie de ma vie qu'elle a cessé d'être une surprise. Je me suis revu en Croatie, au printemps dernier, où la pauvreté commençait à prendre plus de place autour de moi et que tout me surprenait.

J'ai aussi réalisé avec humour que mes normes de qualité étaient rendues encore plus basses que je ne le croyais lorsque mon père et moi nous sommes exprimés en même temps sur l'allure d'une de nos chambres d'hôtel en y entrant !

Oh, c’est beau !
— Jonathan
Eh boy ! Quel trou !
— André

110 km et un col

C'est le chemin qui reste pour arriver à Da Nang, d'où mon père partira. On la fait en une journée pour s'en débarrasser. Et on se farcit un petit col surprise en fin de journée, celui de Hai Van. Une belle petite montée d'environ 500 m d'altitude. Mais après être monté à presque dix fois cette altitude au Tadjikistan, je me demande un peu comment cet endroit peut mériter son surnom de « col des nuages » !

Enfin, cet effort nous est récompensé par un beau paysage, et par une superbe descente vers la ville de l'autre côté.

Un dernier col surprise avant Da Nang, celui de Hai Van.

Un dernier col surprise avant Da Nang, celui de Hai Van.

Des pêcheurs, peu avant d'arriver en ville en fin de journée.

Des pêcheurs, peu avant d'arriver en ville en fin de journée.

Da Nang

Avec un peu plus d'un million d'habitants, Da Nang est une des plus grandes villes du Vietnam. Sur le web, la ville se vante avec fierté, disant posséder maintenant trois épiceries pour desservir sa population !

À notre vue, ce que la ville compte surtout c'est un nombre incalculable d'hôtels. Ceux-ci sont principalement regroupés sur le bord d'une longue plage, où il semble que chaque édifice soit un hôtel ou un restaurant de fruits de mer.

On se promène ici et là durant quelques jours. Mais il n'y a pas tant de choses à visiter, et surtout, nous sommes à bout de la cacophonie. C'est loin d'être aussi terrible qu'à Hanoï, mais c'est quand même très épuisant et nous réalisons une fois de plus que le silence est un luxe.

Le Dragon Bridge de Da Nang au Vietnam.

Le Dragon Bridge de Da Nang au Vietnam.

Le même pont photogénique sur sa longueur.

Le même pont photogénique sur sa longueur.

Le départ de Pops

Faire avec les moyens du bord pour mettre un vélo dans l'avion !

Faire avec les moyens du bord pour mettre un vélo dans l'avion !

Finalement, l'heure de nouveaux adieux approche.

Je vais reconduire mon père à l'aéroport. Ça lui prendra ensuite un bon deux heures à se promener d'une employée à une autre afin de réussir à mettre son vélo dans l'avion. C'est finalement à force de persuasion sur le prix, de bouts d'adhésifs et de carton, et de formulaires remplis en d'innombrables copies carbones que le vélo est pris en charge par la compagnie aérienne asiatique.

Je suis triste de le voir partir. Non seulement car je m’étais à nouveau habitué à rouler avec quelqu’un, mais surtout car c'est la fin de nos partages quotidiens.

Voyager en solo permet de faire plus de rencontres, de vivre des expériences différentes et souvent plus intenses. Mais ces expériences vécues seul ne deviennent que des souvenirs individuels.

Mon père m'a fait rire et réfléchir. Il m'a recentré sur la réalité ambiante et m'a motivé à continuer ce périple à vélo. Et avec moi sur le bord de la route, il a appris le maniement des baguettes, à garder son calme dans la pluie, dans la circulation, dans l'incompréhension de la langue et des coutumes.

Et en un mois ensemble, nous avons créé une éternité de souvenirs.

À bientôt, Pops.

Retour à Hué

De mon côté, après avoir pédalé pour presque un an sur la moitié du globe, dans toutes les conditions imaginables, j'ai besoin d'une pause. Je décide de revenir sur mes pas, à Hué, pour y relaxer le temps nécessaire à me refaire un équilibre mental.

Je reprends donc le col des nuages, cette fois vers le nord, pour prendre des vacances de mes vacances.