Les ciels du Cambodge

Je rencontre un Français qui l'a eu encore plus difficile que moi, et je pense que l'Apocalypse est arrivé au Cambodge !

Vue du Mékong, du toit de l'hôtel à Stoeng Treng, dans le nord du Cambodge.

Vue du Mékong, du toit de l'hôtel à Stoeng Treng, dans le nord du Cambodge.

Quand on se compare...

Aldo vient de Perpignan, en France. Il a ainsi grandi dans les Pyrénées, à quelques pas de la Méditerranée et de l'Espagne. Et même dans ce paradis, l'envie du voyage à vélo l'a pris, et il est parti découvrir le monde !

On se rencontre à quelques centaines de mètres de la frontière Laos-Cambodge. Je l'invite à manger avec l'argent laotien qu'il me reste. Et comme à chaque fois que deux cyclistes voyageurs se rencontrent sur la route, on se partage nos aventures de guerre.

Je suis parti d'Angleterre en mars, Aldo de France en avril. J'ai passé par les stans de l'Asie centrale après la Turquie, alors que mon nouveau copain a bifurqué vers l'Iran, Oman, puis l'Inde pour deux mois.

« Ah oui ! Et c'était comment l'Inde ? », que je lui demande.

J'étais tellement faible et malade. Je me suis retrouvé devant une toilette turque toute sale, et j'ai perdu connaissance. En tombant sur la toilette, je me suis ouvert la lèvre supérieure, mais ne l'ai réalisé que plusieurs heures plus tard en me réveillant dans mon sang...

Aldo était paramédic en France avant de quitter pour s'ouvrir des lèvres autour du monde. Mais pas besoin d'être un professionnel de la santé pour savoir qu'il avait besoin de points de suture. Il a réussi à trouver un médecin indien rural qui lui a fait cette opération. Exténué par ces deux mois à rouler dans le sous-continent, il a ensuite décidé de prendre un petit vol pour le pays voisin, la Birmanie. « Et j'ai trouvé ça super développé en comparaison avec l'Inde ! ».

Aldo me quitte en me disant de bien monter ma tente au Cambodge. « La mienne a cassé à cause des orages ».

Hum... ok ?

L'Orage

La majuscule est de rigueur. Je n'avais jamais vu une telle furie déchaînée par la nature. Alors que je lisais dans ma tente (bien montée !), j'ai soudainement l'impression que je suis de nouveau en plein jour. Je mets la tête à l'extérieur et je constate que des éclairs zèbrent littéralement le ciel aux deux secondes. Mais en plus, l'orage est tellement bas qu'on peut apercevoir les étoiles au-dessus des nuages. Je n'ai pas le choix, une session photo s'impose.

Les pieds et le trépied dans la boue, les jambes pleines d'insectes, je suis maintenant complètement réveillé et je m'efforce de capter l'intensité électrique du moment. Comme j'ai le grand bonheur d'être publié par l'excellent magazine Vélo Mag, vous pouvez aussi voir une autre version de cette photo dans l'édition de mai-juin.

L'Orage avec un grand O !

L'Orage avec un grand O !

J'ai chaud... encore !

En entrant au Cambodge, j'atteins aussi une autre frontière intéressante : le passage de mon 15 000e kilomètre depuis le départ ! On dirait que plus j'avance et plus ça va vite...!

Ça prenait bien une tête de cochon...

Ça prenait bien une tête de cochon...

... pour atteindre 15 000 kilomètres en vélo !

... pour atteindre 15 000 kilomètres en vélo !

En roulant au quotidien, je continue de suer à la journée longue. Mais avec le vent de ma vitesse, c'est relativement endurable. Cependant, dès que j'arrête, je sens mes pores se gonfler et se mettre à cracher encore plus d'eau. J'alterne donc quelques serviettes de voyage pour m'essuyer la peau, en en laissant toujours une sécher à l'arrière de mon vélo.

Le pire demeure lorsque je m'installe dans ma tente. À 32 degrés même la nuit, c'est comme un sauna mais sans porte de sortie. Par le temps que je finis d'essuyer mon corps avec ma serviette déjà mouillée, je dois déjà recommencer ! J'abandonne le projet et tente de dormir en étoile !

Autre nuit de camping à monter ma tente tout en regardant le ciel.

Autre nuit de camping à monter ma tente tout en regardant le ciel.

C'est un euphémisme de dire que les gens ne possèdent pas beaucoup ici. En campagne, rares sont ceux qui ont même l'eau courante. Mais une chose pour laquelle on peut les envier est leur capacité à survivre à cette chaleur. J'ai toujours honte de leur parler la face ruisselante et brillante de sueur !

En fait, ça fait plusieurs mois – depuis la Birmanie en novembre dernier – que je me dis que je vais m'habituer à la chaleur. C'est toujours un échec mais je reste optimiste... peut-être que demain c'est ma journée !

Trois jeunes curieuses.

Trois jeunes curieuses.

Et une petite haïssable !

Et une petite haïssable !