Bosnie partie 3 - Sarajevo : deux guerres et des jeux olympiques

« Sarajevo est connu pour deux guerres et pour les jeux olympiques de 1984 » nous dit notre guide Neno. « On espère avoir d'autres jeux olympiques pour au moins ramener ça égal. »

 Neno, guide à Sarajevo.

Neno, guide à Sarajevo.

Visiter Sarajevo, la capitale de la Bosnie-Herzégovine, c'est en effet constater la guerre de près. C'est ici que la Première guerre mondiale a commencé en 1914, lors de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand de Habsbourg. Mais c'est surtout la guerre de Bosnie-Herzégovine qui reste présente dans toutes les mémoires et les édifices de la ville.

Neno, qui est maintenant guide touristique dans sa ville natale, était un enfant durant cette guerre qui a duré de 1992 à 1995. Durant quarante-quatre mois, il a vécu dans un sous-sol avec sa mère et plusieurs autres familles, afin d'éviter les bombardements quotidiens.

Comme beaucoup de gens, je connaissais le nom de cette guerre mais je n'en connaissais pas réellement les causes.

 

La guerre de Bosnie-Herzégovine

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Après m'être informé un peu plus, j'ai compris ce que mes amis du Nord de la Bosnie voulaient dire lorsqu'ils insistaient que nous étions en Republika Srpska (prononcée Seurska), plutôt qu'en Bosnie-Herzégovine.

Après la chute du communisme en 1989, un mouvement nationaliste a aussi gagné la Yougoslavie. Au sein de ce pays, on y retrouvait des Croates, des Bosniaques* et des Serbes notamment. Et au centre, ce qui est aujourd'hui la Bosnie-Herzégovine, et qui comprend ces trois peuples en même temps. Conséquemment, plusieurs peuples et pays avoisinants bataillèrent pour le même territoire.

Le pays de la Bosnie-Herzégovine est aujourd'hui séparé en deux régions : la fédération de Bosnie-Herzégovine, appelée ainsi selon le nom d'un ancien duché médiéval (Herzog signifiant duc en ancien allemand), et la République serbe de Bosnie (ou Republika Srpska). Cette république au sein du pays a été officialisée dans la constitution de 1995. Ses habitants se considèrent aujourd'hui encore plus Serbes que Bosniens.

 Les collines de Sarajevo.

Les collines de Sarajevo.

La vallée où se trouve Sarajevo avait la malchance d'être à l'épicentre de tous ces territoires. Le guide Neno nous expliqua que les Serbes encerclaient la ville, postés sur les montagnes autour. À l'intérieur de ce grand cercle s'en trouvait un plus petit, formé des habitants de Sarajevo défendant leur ville. Et à l'intérieur, les habitants eux-mêmes, pris dans ce blocus. À tous les jours, les Serbes de la Republika lançaient des obus sur la ville, afin que cette dernière finisse par se rendre d'elle-même, épuisée. Aujourd'hui encore, des traces de balles et d'éclats d'obus se retrouvent sur plusieurs bâtiments de la ville. Plusieurs édifices n'ont jamais été rebâtis ou réparés. La ville ne s'est jamais rendue jusqu'à sa libération par les forces de l'OTAN.

 Édifices détruits au cœur de la capitale.

Édifices détruits au cœur de la capitale.

 Un des nombreux édifices de la capitale meurtris par les obus de la guerre.

Un des nombreux édifices de la capitale meurtris par les obus de la guerre.

Ne serait-ce que pour quelques heures, parler avec un homme comme Neno qui a connu cette guerre de si près et qui demeure d'un positivisme étonnant est inspirant. Une anecdote particulière est lorsqu'il nous partage la première fois qu'il a mangé du chocolat. C'était tellement rare durant le blocus que sa mère a dû vendre ses boucles d'oreilles en or pour pouvoir lui en offrir. Neno dit qu'il se rappellera toute sa vie de cette première bouchée qui goûtait le ciel. Il a ensuite séparé le reste de sa barre avec ses amis du sous-sol.

La reconstruction

 L'Avaz Twist Tower, haute de 172 mètres incluant son antenne.

L'Avaz Twist Tower, haute de 172 mètres incluant son antenne.

Vingt ans après la guerre, Sarajevo en garde encore des marques, mais elle remonte progressivement. Le capitalisme remplace les atrocités architecturales communistes. Et les vieux édifices sont remplacés par des nouveaux. Dont le seul gratte-ciel de la ville, la Avaz Twist Tower.

Neno est au courant de la politique étrangère et me pose des questions sur les référendums québécois. Finalement, force est de lui admettre que nos chicanes internes ne sont pas aussi intenses que les siennes.

Imaginez, depuis 1995, le pays est dirigé par un trium virat. Chacun des peuples fait élire son président, soit un Serbe, un Croate et un Bosniaque, et ces trois présidents sont égaux les uns aux autres. Pour qu'une décision soit prise, il faut donc nécessairement au moins un deux contre un, ce qui n'aide pas à la prise de décision ou l'évitement de conflits.

- Incroyable! Comment ça peut fonctionner un système comme ça?, que je demande.
- Ça ne fonctionne pas, soupire Neno.

 

 Le capitalisme côtoyant le passé communiste.

Le capitalisme côtoyant le passé communiste.

 Pour deux hommes qui jouent aux échecs, vingt leur donnent des conseils.

Pour deux hommes qui jouent aux échecs, vingt leur donnent des conseils.

 Le drapeau de la République serbe de Bosnie.

Le drapeau de la République serbe de Bosnie.

Malgré les années qui ont passées et le positivisme de la capitale, je suis cependant troublé de constater que le racisme et l'intolérance sont encore répandus dans le pays. Partout sur mon chemin se trouvent des drapeaux de la Republika. Et surtout, j'entends des phrases assassines comme « we still hate the Bosniaks, nothing has changed ».

J'aimerais croire en la réconciliation mais j'ai peur de soupçonner que les frontières ont été tracées trop rapidement afin de faire cesser un massacre, mais ne réglant pas définitivement le problème de cohabitation.

Je suis heureux d'avoir eu la chance de visiter la Bosnie-Herzégovine. J'y ai vécu plusieurs aventures, rencontré des cœurs nobles, des gens qui espèrent, et j'y ai vu des paysages de montagnes incroyables.

Je souhaite à Neno de nouveaux jeux olympiques. Mais je nous souhaite surtout à nous tous de comprendre que notre origine géographique, notre langue ou notre religion ne valent jamais la peine de ne pas se connaître et se respecter.


*Note : Le Bosnien est l'habitant du pays de la Bosnie-Herzégovine. Il peut être d'origine croate, serbe, bosniaque ou autre. Le Bosniaque est l'habitant historique de cette région, mais de confession musulmane.