Bulgarie - À un c'est bien, mais à deux c'est mieux

Mon frère me rejoint en Europe de l'est pour m'accompagner sur 650 km de vélo, et je ne suis pas foutu de nous trouver des endroits respectables où dormir. Je confesse ici mes pauvres choix et lui lève mon chapeau pour sa bonne humeur.

Mon frère Sacha travaille sur des quarts de travail et il y a plusieurs mois, il devait choisir ses semaines de vacances pour l'année à venir. Il me texte :

- Jo, j'ai fait mon choix de vacances pour l'année : fin mai, et septembre. Tu vas être où?
- Mai en Bulgarie. Septembre en Ouzbékistan.

Et lui de me répondre en se trouvant des excuses pour éviter le désert de l'Asie centrale :

- Euh ouin oublie ça pour septembre... pas certain j'ai mes vacances finalement. Go pour la Bulgarie!

C'est ainsi que je me suis ramassé in extremis à joindre Sacha à l'aéroport de Sofia, et à rouler jusqu'à Istanbul en sa compagnie.

 Notre itinéraire de Sofia en Turquie à Istanbul en Turquie.

Notre itinéraire de Sofia en Turquie à Istanbul en Turquie.

 Notre dortoir à 22 lits de camps, à Sofia.

Notre dortoir à 22 lits de camps, à Sofia.

Après l'aéroport, Sacha et moi retournons en ville afin de la visiter le lendemain. En Croatie, un couple âgé m'avait conseillé une auberge de Sofia. Je les écoute et nous y allons mais, visiblement, mes conseillers n'avaient pas dormi dans la même chambre que nous. Nous sommes vingt-deux dans notre dortoir du grenier, qui ressemble en fait plus à un hôpital de guerre qu'à une chambre.

Sacha me regarde avec l'air de dire « ça va tu être comme ça tout le voyage ?! ». Ben non mon gars, tu vas voir comment je vais te trouver des spots de rêve pour camper.

 

Direction Plovdiv

Le lendemain matin, au tour guidé gratuit de la ville de Sofia, nous apprenons notamment que le président actuel de la Bulgarie était le garde du corps du président précédent. Il avait soit disant été choisi pour ce premier poste à cause de ses influences importantes au sein de la mafia. Comme nous dit le guide, la Bulgarie est une démocratie, mais pas tant que ça !

Nous apprenons aussi l'existence d'une ville plus à l'est appelée Plovdiv. En fait, ce n'est pas un très grand secret, puisque c'est même la deuxième plus grande ville de Bulgarie, et qu'elle sera la capitale culturelle de l'Europe en 2019.

Plovdiv est en fait particulièrement connue pour être la plus vieille ville d'Europe encore peuplée aujourd'hui. Les premières installations à cet endroit datent de plus de 6 000 ans ! Nous partons donc l'après-midi même de Sofia, en direction de Plovdiv. Souhaitant me racheter à Sacha de mon choix d'auberge, je nous trouve un superbe endroit à l'abri d'un beau viaduc...!

 On pourra se « vanter » d'avoir littéralement dormi sous un pont.

On pourra se « vanter » d'avoir littéralement dormi sous un pont.

 Plovdiv.

Plovdiv.

Le lendemain, nous roulons pratiquement 140 km pour arriver à Plovdiv. Je constate que malgré que ça fait plus de deux mois que je roule à tous les jours, j'ai encore des croûtes à manger pour rattraper la locomotive qu'est mon frère.

En chemin, beaucoup de gens nous saluent ou nous lancent des signes de pouce et Sacha prend rapidement goût à dire allô à tout le monde. Éventuellement, nous voyons ici et là des jeunes femmes sur le bord de la grand-route. Comme nous sommes bien élevés, nous les saluons de grands signes de la main en roulant à côté d'elles. Rendu à la troisième ou quatrième femme cependant, on commence quand même à se demander que font ces demoiselles seules sur le bord du chemin, sans auto, bien habillées, et le nez dans leur cellulaire. Nous réalisons alors que ça fait vingt kilomètres qu'on salue avec le sourire toutes les prostituées de la Bulgarie...

La ville de Plovdiv est effectivement étonnante. On y trouve encore au centre-ville une arène romaine, et des ruines romaines surplombent une des montagnes de la ville. C'est définitivement une ville qui gagne à être connue. Ceci dit, les Bulgares ne semblent pas de cet avis. La majorité d'entre eux me demandant même quelle mouche m'a piqué pour que je veuille visiter la Bulgarie. Contrairement à la Slovénie, où les gens me remerciaient avec fierté de les visiter, beaucoup de Bulgares ne comprennent tout simplement pas ce qu'un touriste viendrait trouver dans leur pays.

À travers champs

 Sacha qui me fait rire dans ma barbe trop longue.

Sacha qui me fait rire dans ma barbe trop longue.

Pour presque toute la Bulgarie, nous avons roulé dans une vallée, avec des montagnes de chaque côté. L'agriculture est omniprésente, et nous en profitons quelques fois pour faire des séances de photos rurales. Faire des photos seul avec son trépied, c'est bien, mais faire des photos à deux, c'est pas mal plus drôle.

De plus, comme beaucoup de pancartes de route sont écrites conjointement en alphabets latin et cyrillique (soit le même que les Russes), nous en profitons aussi pour apprendre le cyrillique. Puis, lorsque les pancartes sont unilingues, nous tentons tous les deux d'être le premier à en déchiffrer les mots ! Sacha développe rapidement une expertise si développée qu'il n'a d'autre choix que de bizarrement s'auto-surnommer « Monsieur Cyrillien »... !

 Sacha nous indiquant comment apprendre l'alphabet cyrillique.

Sacha nous indiquant comment apprendre l'alphabet cyrillique.

En soirée, je propose un nouvel endroit à mon frère pour installer nos tentes. Après la traditionnelle photo du paysage, nous réalisons alors que l'endroit est une métropole d'escargots et d'araignées. Nous avons du mucus d'escargots géants partout sur nos parois de tente... et faisons la guerre aux araignées à longues pattes et aux moustiques ayant réussi à traverser nos moustiquaires. Désolé (encore) !

En Grèce

Tant qu'à passer à côté de la Grèce, on décide d'y faire un léger détour en se faisant croire qu'on pourra camper à l'ombre de quelques acropoles et temples de Zeus, plutôt que sous des viaducs et avec des escargots.

On ne verra aucun temple, mais cette fois, je suis convaincu avoir trouvé le spot de camping idéal : au sommet d'une montagne, bien caché, avec une vue exceptionnelle, un ciel de feu, pas loin de la route... et de l'herbe coupée en prime !

Méfiez-vous toujours de l'herbe trop courte en nature. Elle cache généralement une surprise.

Dans ce cas-ci, la surprise est un troupeau de moutons qui nous a surpris le lendemain matin, et qui n'avait pas l'air d'être dérangé le moins du monde par notre présence. Sacha est un excellent voyageur, à chacune de nos nouvelles aventures de tente, il le prend en riant et me pardonne en disant que ça fait partie du voyage.

 Orménio, en Grèce. Quelle vue quand même !

Orménio, en Grèce. Quelle vue quand même !

Après un autre petit trente kilomètres en Grèce, nous arrivons à la frontière turque. Il y a littéralement des heures et des heures d'attente pour passer la douane qui nous fera sortir de l'union européenne. Ceci dit, chaque policier ou soldat nous voyant nous dit d'approcher. Ils nous font ainsi successivement dépasser des dizaines d'autos, et moins de dix minutes plus tard, nous sommes en Turquie. Décidément, le vélo est le meilleur moyen de transport. Mais certaines questions demeurent.

Vais-je réussir à racheter ma promesse de trouver des endroits malades où dormir ?

Est-ce que Sacha et son vélo tiendront le coup jusqu'à Istanbul ?

C'est ce que nous découvrirons dans le prochain chapitre du bon monde !