Retour au Laos

À bout de la cacophonie vietnamienne, je reprends la route déjà parcourue vers le nord, pour bifurquer vers la frontière laotienne. Oh, que le silence fait du bien !

Je suis en partie demeuré aussi longtemps à Hué par peur de reprendre la route dans cet incessant vacarme. Mon plan initial de rouler jusqu'au sud du pays à Hô-Chi-Minh-Ville n'aura finalement pas résisté au quotidien des klaxons. Ayant beaucoup aimé le nord du Laos, je prends donc la décision d'aller aussi explorer son sud.

Le départ du Times Hotel est émotif. Trach, le propriétaire, m'offre deux chandails, et est pratiquement à mes pieds pour m'aider à mettre mes souliers de vélo. Les yeux sont humides.

Retour sur la route

Je laisse progressivement l'intense circulation derrière moi à mesure que j'approche de la frontière. Les enfants se remettent à me crier bonjour dans les petites routes de montagnes. Les peaux deviennent plus basanées. En Asie du sud-est, avec l'Inde d'un côté et la Chine de l'autre, les visages forment un spectre de nuances entre les deux.

Roulant vers l'ouest, je m'aperçois que les yeux deviennent moins bridés et les peaux plus foncées.

Malgré ma pause cycliste d'un mois, mes jambes se portent bien. Ce sont plutôt mes fesses qui demandent grâce ! Ça me prendra une grosse semaine avant de revenir confortable sur ma selle.

 Deux garçonnets curieux en bord de route près de la frontière avec le Laos.

Deux garçonnets curieux en bord de route près de la frontière avec le Laos.

 Un père vietnamien ressemblant étrangement à Hô Chi Minh, et sa fille.

Un père vietnamien ressemblant étrangement à Hô Chi Minh, et sa fille.

Au Laos

Nouvelle étampe et nouveau visa en passant la frontière. Je compte pour la première fois les pages disponibles qu'il me reste au passeport. Celui-ci a beau avoir été renouvelé avant mon départ, j'en suis quand même déjà à 25 pays, incluant plusieurs visas prenant des pleines pages. Ça devrait encore aller pour un bout mais je devrai m'assurer de suivre ça de près !

C’est beaucoup plus plat ici que dans le nord du pays. Je passe quelques villages pauvres de temps en temps mais autrement, ce n'est pas très marquant. Dans un de ces villages, je fais la connaissance de Fabian, jeune médecin Suisse Allemand qui fait 3 mois de vélo de Hanoï jusqu’à Singapour. Fabian croit avoir trouvé la façon de protéger sa peau blanche du soleil en portant son chapeau de travailleur de champ de riz... par-dessus son casque de vélo ! Technique efficace, et remarquée !

 Fabian, futur médecin et cycliste Suisse.

Fabian, futur médecin et cycliste Suisse.

Le questionnement

Malgré la route relativement facile, je ne roule pas tant que ça. Je m'arrête beaucoup et j'ai peine à retrouver ma motivation d'antan. En fait, j'en suis à me demander où j'ai pu puiser toute la force de parcourir deux continents dans la dernière année.

Je me rends compte que je carbure aux défis grandioses : des montagnes impossibles, des déserts, constamment me dépasser pour réussir les meilleures photos.

Et en Asie du sud-est, mon plus grand défi depuis déjà cinq mois est la chaleur étouffante. J'ai eu droit à un répit dans le nord du Laos et du Vietnam, mais ça s'est plutôt transformé quotidiennement en pluie diluvienne pour deux mois ! Moins impressionnant que de franchir des cols...!

L'absence de nouveauté n'aide pas non plus. Je suis un attrait sur la route pour ces centaines de gens que je croise à chaque jour. Ici particulièrement, il me semble que la moitié de la population laotienne ait moins de 10 ans tellement je suis constamment entouré de gamins surexcités de me voir. Je me crois dans Peter Pan quand je dépasse une charrette contenant 12 jeunes, dont le plus âgé, le conducteur, doit avoir autour de 11 ans.

La plupart du temps je suis heureux de saluer ces enfants, mais j'ai quelquefois des moments où je m'ennuie du silence des Stans. Même si les saluts se veulent gentils, ça reste que je me fait crier après à longueur de journée depuis un an !

C'est dans ces réflexions, et sous un 38 degrés humide que j'arrive à la deuxième plus grande ville du Laos : Savannakhet.