Une petite marche, sortir d'un tout inclus, et des animaux sauvages (partie 1)

Noël 2012, premier temps des fêtes suivant le décès de ma mère, au mois de juin précédent.  Pour briser la tristesse de l'habitude, mon père avait décidé que nous irions à trois - lui, mon frère et moi - dans un tout inclus au Panama.

M'y retrouvant donc plus ou moins par choix, et ayant même visité deux ans auparavant une bonne partie du Panama, j'ai quand même l'intention de profiter de mon séjour dans cette prison cet hôtel cinq étoiles.

C'est ainsi que, dès la première journée, mon frère et moi louons un kayak double pour « aller explorer l'océan ». Après avoir signé la feuille d'usage que nous ne serions pas partis plus de trente minutes et que nous ne dépasserions pas une corde se situant à un jet de pierre de la plage, parce que c'est trop dangereux, nous voilà en route pour une île qui nous apparaît au moins être le Japon.

À notre retour, contre la marée, à l'approche d'un orage, et six heures plus tard, nous avons ce qui semble être le comité santé et sécurité, incluant le gérant de l'hôtel !, qui nous attend de gougoune ferme sur la plage, et nous voilà littéralement bannis pour la semaine, mon frère et moi, de toute autre activité. Ce qui en soit n'est pas une immense punition considérant que nous venions de faire la seule activité de la place. La seule autre façon de bouger dans cet endroit étant de prendre les escaliers au lieu de l'ascenseur, mais comme nous le constatâmes rapidement, ce privilège aussi nous avait été confisqué.

Le soir même, me cherchant une solution alternative, je note que l'hôtel où nous sommes se situe à une vingtaine de kilomètres du centre-ville de Panama. J'ai donc comme plan le lendemain de prendre un taxi et d'aller dans des quartiers non visités lors de ma dernière visite dans cette ville.

Prêt à partir, mes protecteurs au lobby de l'hôtel m'indiquent, qu'apparemment, prendre un taxi local est aussi trop dangereux. C'est pourquoi l'hôtel refuse son accès à ceux-ci, et offre au lieu un service de navette VIP... à un coût 15 fois plus élevé. Refusant l'arnaque, je suis donc quitte pour marcher en direction de la ville, sur une vieille route au beau milieu de la jungle.

Après quelques kilomètres, alors que je suis déjà pleinement en sueur, une vieille automobile multicolore s'arrête à mon niveau. Elle a le pare-brise craqué de bord en bord et des spinners (chapeaux de roue qui continuent de tourner même quand l'auto s'arrête). Le conducteur, un gars d'à peu près mon âge, me demande où je vais et si je veux qu'il m'y amène. ¿Adónde vas, mi hermano?

 Les enfants inspirent confiance.

Les enfants inspirent confiance.

Je ne sais pas moi-même où je vais et je devrai quand même trouver une solution pour traverser le Pont des Amériques, qui surplombe le canal de Panama. Il est impossible de traverser à pied de l'Amérique du Nord à l'Amérique du Sud par ce pont, gardé de chaque côté par des soldats, apparemment afin d'enrayer la popularité du suicide à cet endroit. Regardant le gars, et voyant deux enfants sur le siège arrière, je décide que je peux lui faire confiance, et lui dit de m’amener à un endroit où je ne verrai pas de touristes de la journée.

 Pas de touristes à l'horizon cette journée-là.

Pas de touristes à l'horizon cette journée-là.

Après quelques petits détours pour me faire voir du paysage, Gabriel me dépose sur une artère commerciale et me demande à quelle heure je veux revenir. Rien ne sert de résister, ¡No problema, mi hermano! Nous nous retrouvons donc à la fin de l'après-midi pour prendre le chemin du retour.

Toujours en refusant mon argent, Gabriel me demande alors si je suis pressé de retourner à l'hôtel. Évidemment, la réponse est non. Trente kilomètres plus tard, nous débarquons donc chez sa mère.

La suite, incluant les animaux sauvages, dans la partie 2.