Och et Lagacé

Après être entré au Kirghizistan par le sud, je me dirige vers Och, où un seul courriel m'apportera beaucoup de nouveaux amis.

Le Kirghizistan est généralement moins élevé en altitude que le Tadjikistan, d'où j'arrive. Mais il est traversé par plusieurs chaînes de montagnes. Ça me fait donc quelques autres bons cols de qualité en route. Je commence par contre à y être habitué !

 Un des cols kirghizes, avec ses nombreux serpentins.

Un des cols kirghizes, avec ses nombreux serpentins.

Les déchets

Je constate sur ma route qu'il y a plus de déchets que dans les pays précédents. À force de traverser différents territoires, j'ai cependant pu m'apercevoir de certaines choses quant à la pollution. Lorsque les habitants sont trop pauvres pour consommer, on trouve peu de déchets. Par exemple, il est extrêmement difficile de trouver des poubelles au Tadjikistan, mais comme les gens consomment fort peu de nouveaux produits, ça leur suffit. La plupart du temps, ils brûlent en fait eux-mêmes tous leurs déchets.

À l'autre bout du spectre, un pays très riche comme le Canada a en place une immense machine à consommation, et d'immenses dépotoirs pour aller avec celle-ci. Tout est en place pour s'assurer que les familles puissent se départir de leurs tonnes de déchets.

Mais dans les nombreux pays se situant entre ces deux extrêmes, la consommation est parfois une nouvelle richesse, et on ne sait pas encore comment s'en débarrasser. Les gens sont aussi moins au courant des conséquences, et j'ai été frustré bien des fois de voir adultes et enfants jeter leurs bouteilles et autres détritus par la fenêtre ou directement au sol.

J'ai remarqué la même chose pour les cigarettes, qu'on retrouve en plus grande quantité dans ces pays en voie de développement. Les gens ont plus d'argent pour s'acheter « ce luxe », et on ne retrouve pas encore réellement de grandes campagnes gouvernementales traitant des risques y étant associé.

La route kirghize

Dans tous les cas, ça fait du bien de rouler sur de l'asphalte de bonne qualité. Ça monte et descend beaucoup, et il fait froid, mais rien ne peut m'enlever la joie de rouler sur une surface plane avec une vue sur les montagnes.

 Camping sous une autoroute électrique.

Camping sous une autoroute électrique.

 Un âne timide sur le bord de la route.

Un âne timide sur le bord de la route.

 Vue de ma tente

Vue de ma tente

 Marret, qui m'a couru après pendant deux kilomètres.

Marret, qui m'a couru après pendant deux kilomètres.

Le plateau kirghize se trouve environ à 1 000 m d'altitude, et la plupart des cols sont à plus de 3 000 m. C'est facile de constater la différence que l'altitude a sur la température lorsque je débute ma journée avec deux manteaux et que je finis par rouler en shorts quelques milliers de mètres plus bas.

Durant une longue montée, je m'aperçois qu'un enfant me court après en tentant de me rattraper. Je m'arrête et lui donne des biscuits pendant qu'il reprend son souffle et qu'on échange.

Les enfants sont d'ailleurs pour moi un autre exemple du développement plus avancé du pays. Certains me crient Hello tourist plutôt que simplement Hello. Un seul mot anglais qui donne un indice sur la prospérité et l'éducation de la région, en plus de son ouverture sur le monde.

Och

J'arrive bientôt à Och, surnommée la capitale du sud. Deuxième plus grande ville du pays, on y retrouve des peuplements depuis plus de 3 000 ans. Étant située tout près de la frontière avec l'Ouzbékistan, et séparée du reste du Kirghizistan par plusieurs montagnes au nord, un tiers de la population d'Och est de nationalité ouzbèke.

À l'approche de la ville, le contraste est frappant avec mes derniers mois sur la route. Les maisons deviennent un peu plus riches, certaines étant même en briques beiges, d'allure me faisant un peu penser à l'Europe de l'Est. Si tu n'es pas trop impressionné par une maison en briques, pense que ça fait des semaines que je ne vois que des constructions en terre battue !

On ne peut aussi que constater l'omniprésence des chevaux. Ils sont en troupeaux dans les champs, dans les camions à se faire transporter, et partout sur la route avec leur cavalier.

L'article de Lagacé

Je sais déjà que je veux me reposer une ou deux journées à Och. J'y resterai finalement quatre jours, mais sans grand repos.

À mon arrivée, je me décide à écrire au chroniqueur Patrick Lagacé, de La Presse, à propos de mon aventure. Considérant son horaire plus que chargé, je ne lui demande que quelques conseils sur comment présenter mon histoire à plus de gens. À ma grande surprise, il me répond très rapidement, et nous ferons une entrevue dans les jours qui suivent. Puis, sa chronique du 1er octobre, intitulé Pommes, Snickers et Kirghizistan, parait dans La Presse, et vous alors êtes des milliers à me découvrir.

 3e place au concours de lecture de la bibliothèque régionale. Texte et photo de Patrick Lagacé !

3e place au concours de lecture de la bibliothèque régionale. Texte et photo de Patrick Lagacé !

Peut-être M. Lagacé m'a-t-il récrit en souvenir de son passage au journal local de ma région au début de sa carrière, peut-être aussi a-t-il aimé mon aventure cycliste. Dans tous les cas, je lui dois une fière chandelle et ne saurait le remercier assez pour sa belle plume.

Vous avez par la suite été tellement nombreux à m'écrire que ça m'a pris des semaines avant de réussir à tous vous répondre. Chacun de vos message m'a donné plus d'encouragement pour continuer, et beaucoup étaient très touchants.

J'ai aussi réalisé que vous étiez très nombreux à rêver d'aventures autant que moi. Je l'ai écrit avant et vais le répéter longtemps : n'attendez pas pour réaliser vos rêves ou vos projets, quels qu'il soient. On ne sait pas ce que la vie nous réserve et elle avance beaucoup plus rapidement qu'on ne le croit.

En ce qui me concerne, la vie me réserve bientôt de nouveaux cols et de la neige. Sur la route de Bichkek que je reprends dans mon prochain chapitre. Et contrairement à la vie, j'avance beaucoup moins rapidement que je ne le crois !