10 jours à Bichkek

C'est mon premier vrai repos depuis mon départ en mars dernier. Dix journées dans la capitale kirghize où j'en profite pour jaser et planifier la suite de mon périple.

Depuis les dernières semaines, j'ai eu la chance de parler plus en profondeur à quelques personnes notamment sur la situation politique au Kirghizistan et sur leur relation face à la Russie. Et ma pensée de Nord-Américain a été surprise.

Mon hôte à Och était une femme dans la fin quarantaine. Elle a de la famille en Ouzbékistan, à seulement une heure de route de chez elle. Elle me confie :

Certaines choses sont mieux maintenant, mais d'autres non. Durant l'époque soviétique, je pouvais étudier ou voyager partout dans l'Union. Aujourd'hui, on en sait plus sur le reste du monde, mais beaucoup de pays nous sont fermés. Dont l'Ouzbékistan, le pays voisin. Ça me prend donc un visa difficile à obtenir seulement pour aller visiter ma sœur.

Elle ajoute avec une pointe d'optimisme qu'elle espère que ceci changera avec la mort récente du président de ce pays. Ça fait cinq ans qu'elle n'a pas vu sa sœur.

À Toktogul, dans le milieu du pays, une jeune employée d'une compagnie de cellulaires m'explique pourquoi elle parle un peu anglais en plus du kirghize et du russe :

L'anglais est maintenant plus important que le russe pour l'international, mais que le russe domine encore de loin la langue kirghize à l'intérieur même du Kirghizistan. Particulièrement dans les villes, il est impossible d'avoir un bon travail sans parler le russe.

Il faut dire que les Soviétiques ont longtemps été très répressifs envers les cultures locales. Ce qui explique bien pourquoi il est possible de se faire comprendre en russe dans les moindres recoins des anciennes républiques soviétiques. Du moins, ça serait mon cas si je parlais plus de cinq mots de russe !

Dans la capitale, comme pour prouver ce point de la répression des langues, je fais justement la rencontre de Sadjida, une jeune trentenaire kirghize dont les parents ne parlent même pas la langue locale.

Le russe est notre langue familiale. Dans l'ordre, j'ai ensuite appris l'anglais, le français et le kirghize. Le français pour le plaisir, et le kirghize pour comprendre ma propre culture.

C'est assez inhabituel qu'une femme de son âge ne soit pas mariée ici. Je lui pose la même question qui m'a été demandée 300 fois dans les derniers mois : pourquoi ?

Les gars kirghizes sont assez contrôlants et croient que la femme doit servir tout le monde. Elle doit habiter avec son mari chez les parents de celui-ci, et les servir en plus de servir les hommes de la famille. Mais c’est quand même moins pire qu’en Ouzbékistan...

Je lui demande pourquoi. Elle ajoute :

En Ouzbékistan, la femme est considérée comme « en bas du chien » dans la famille...

La neige

Le lendemain matin de mon arrivée à Bichkek, je découvre qu'il est tombé plus d'une dizaine de centimètres de neige durant la nuit. Je suis arrivé juste à temps ! Et qu'importe si j'ai à marcher un peu dans la neige, mon vélo en Asie centrale est terminé et je n'ai plus à me souffler sur les doigts en roulant. Je peux faire comme les gens normaux et me les mettre dans les poches.

 Conversation avec les élèves de l'école Elda-Rouleau d'Alexandria.

Conversation avec les élèves de l'école Elda-Rouleau d'Alexandria.

Je profite notamment de cette température plus froide pour planifier la suite de mon itinéraire, que je vous expliquerai dans mon prochain texte, et pour parler à des élèves d'une école primaire.

C'était ma première expérience et j'ai beaucoup apprécié. Je leur ai parlé des gens rencontrés sur ma route, des endroits les plus incroyables où j'ai dormi ou roulé, et de la chance qu'ils ont d'être des enfants au Canada. Ils m'ont ensuite posé près d'une vingtaines de questions intéressantes et m'ont même chanté bonne fête !

Si vous êtes parent ou enseignant et que ce genre de conversation vous intéresserait, n'hésitez pas à m'écrire pour qu'on puisse en parler !

Le dernier bazar

Dans mes dernières journées au Kirghizistan, je suis à la recherche de vis pour remplacer celles que j'ai perdues sur mes sacoches de vélo. Pas compliqué, je cherche une vis dans la plus grande ville du pays. Et bien, je n'en ai trouvé aucune en trois jours de marche. Rien n'est facile dans cette région du monde.

À l'un des plus grands bazars de l'Asie centrale, j'ai trouvé des souliers pour une armée, du pain par centaines, de la viande, des fournitures de bureau, des vêtements, des livres, mais pas de vis.

 Pluie, boue et froid au bazaar de Bichkek.

Pluie, boue et froid au bazaar de Bichkek.

 Le fameux et délicieux pain de l'Asie centrale.

Le fameux et délicieux pain de l'Asie centrale.

 Une femme inquiète de ne pas trouver la paire de souliers parfaite dans ce bazaar.

Une femme inquiète de ne pas trouver la paire de souliers parfaite dans ce bazaar.

 Boucherie adjacente au bazaar.

Boucherie adjacente au bazaar.

0 - 9 865 km

Mon objectif de départ était de me rendre à Bichkek avant l'arrivée de l'hiver. Avec toutes les montagnes à traverser, je savais que celui-ci arriverait rapidement, et j'ai réussi cet objectif par la peau des fesses ! Avec la Géorgie, le Kirghizistan était l'un des deux pays que je souhaitais réellement visiter, et les deux m'ont adorablement surpris et plu.

Au début, je ne savais même pas si je réussirais à me rendre si loin. Je n'avais jamais fait de long voyage à vélo auparavant. Ni de long voyage point en fait. Je ne savais pas si je pourrais atteindre ces (presque) 10 000 km sans me fatiguer physiquement et mentalement, et si j'aimerais l'expérience assez pour pouvoir continuer durant tous ces mois.

Vous m'avez suivi à travers ces 10 000 premiers kilomètres. Vous m'avez vu m'acclimater à de plus grands défis à chaque nouveau pays, et vous m'avez encouragé tout au long de cette route. La suite de mon itinéraire original aurait maintenant normalement dû m'amener vers la Chine, mais j'ai dû changé mes plans faute de pouvoir obtenir un visa chinois.

Dans le prochain chapitre, je vous explique donc pourquoi j'ai décidé, à contrecœur, de prendre l'avion de Bichkek pour voler au Myanmar, en Asie du Sud-est.

Après, on embarque ensemble dans les prochains 10 000 km !