Bangkok Poutine

J'entre en Thaïlande pour la deuxième fois. Le choc est le même, que je dois atténuer en me trouvant de la poutine, des singes et du silence.

Quel choc avais-je eu lorsque j'étais entré en Thaïlande à partir de la Birmanie. En quelques mètres, le paysage change drastiquement des vendeurs de fruits sur le bord de la route aux immenses concessionnaires automobiles et magasins de meubles. La Thaïlande se démarque de ses voisins dans cette région du monde.

Le choc est toujours le même en sortant du Cambodge. D'un côté, quelques brochettes cuites sur du charbon, de l'autre un centre d'achats avec un Kentucky, un Dunkin Donuts, et quatre banques. Les routes s'élargissent instantanément et il y a même des arbres au milieu des quatre voies. Le contraste avec les routes rarement pavées du Cambodge est saisissant.

En fait, cette facilité est déconcertante. Je me sens moins dans une aventure tellement ça avance bien. Dans cette région très développée de l'Asie, j'ai plutôt l'impression de rouler en Floride. J'accumule les kilomètres sans réellement avoir de discussions avec les gens, eux aussi étant plus pressés par leur vie moderne.

Un soir, je parle avec Freddy Fritz (ça ne s'invente pas), mon ami allemand avec qui j'ai roulé l'équivalent de deux mois au Tadjikistan et en Birmanie. Il est de retour en Allemagne, dans une « vraie job » d'enseignant. Il sait que je me dirige vers Kuala Lumpur et que je cesserai prochainement de pédaler. Ses conseils d'Europe arrivent à point.

Prends tous les sourires que tu peux sur ta route. Crois-moi, les gens ont de l'argent ici, mais ils ont perdu leur sourire.

Bangkok (Poutine)

L'entrée à Bangkok est plus facile que je me le serais imaginer pour une agglomération qui héberge près de seize millions d'habitants ! On y trouve des options de route en dehors des autoroutes

Au centre-ville, je me dirige vers un restaurant auquel je rêve depuis des mois : Bangkok Poutine.

Le restaurant doit sa notoriété autant au fait qu'il sert de la poutine avec « des vraies curds » que par son propriétaire connu, l'éclaté globe-trotteur Bruno Blanchet. Comme beaucoup d'autres, je passe les portes espérant un peu voir le fameux Bruno. J'aurai finalement une excellente discussion avec Onnicha, sa blonde et la vraie propriétaire des lieux. Et comme pour répondre à mon copain Freddy, Onnicha sourit assez pour toute la Thaïlande.

 Onnicha, propriétaire du restaurant Bangkok Poutine

Onnicha, propriétaire du restaurant Bangkok Poutine

 Avec son cuisinier, qui ne croyait jamais préparer des poutines !

Avec son cuisinier, qui ne croyait jamais préparer des poutines !

Onnicha me dit que Bruno est pourtant assez rarement de passage au restaurant maintenant. C'est plutôt elle qui passe toutes ses journées ici, à servir une clientèle internationale. C'est aussi elle qui a eu l'idée de servir de la poutine, lorsqu'il y a quelques années, elle explorait différentes nouvelles options de menu.

- Bruno, quel plat typique du Québec pourrais-je ajouter ?
- Euh... de la poutine ?!

Le comédien s'est alors mis aux chaudrons et a montré à sa Thaïlandaise comment préparer « de la vraie poutine ». Il lui a expliqué l'importance des trois différents ingrédients principaux et des diverses autres variétés. Ça a fonctionné. Aujourd'hui, la moitié de la clientèle du Bangkok Poutine est québécoise, et tapisse l'intérieur du restaurant de lettres remerciant Bruno de servir de la poutine en Thaïlande. Je demande à Onnicha si ça lui dérange de voir tous ces remerciement ne la nommant même pas.

Toutes ces lettres viennent de clients qui font grossir mes revenus. Ils peuvent bien remercier qui ils veulent !

Je comprends qui est la véritable femme d'affaires dans ce couple.

Et la poutine dans tout ça ? Je t'aurais bien pris une photo, mais elle est partie trop vite pour même que j'y pense avant de l'avoir terminée !

Vers le sud

Je prends la direction sud après Bangkok. L'autoroute est immense, huit voies de large au total. Partout en bordure, encore des McDonald's, des Kentucky, et des stations services à chaque quelques kilomètres. J'ai l'impression de rouler sur la 20, si la 20 était deux fois plus grosse. Ça ne fait pas trop exotique !

Après un bout, je réussis à bifurquer vers des chemins parallèles et à suivre le bord des berges du golfe de Thaïlande. Bon, là tu parles, ça c'est le genre de bécyk que j'aime !

Un après-midi, j'aperçois même plusieurs singes sur le bord du chemin. Je m'arrête pour les prendre en photo, et en me retournant, j'en vois quelques pas gênés qui sont en train de farfouiller dans mes sac pour de la nourriture !

Malgré les autoroutes et les McDonald's, la chaleur toujours présente et ma fatigue accumulée, ces singes me ramènent à la beauté du voyage à vélo. Trouver des surprises sur le bord de route, partager des émotions avec des gens, et même des animaux. Prendre le temps de capturer des instants ou des paysages en photos. En laisser passer beaucoup d'autres pour les garder simplement en tête. Et prendre tous les sourires que je peux.