Le dernier pays

Je quitte la Thaïlande pour entrer en Malaisie, le dernier pays avant de commencer mon nouvel emploi. C'est là qu'on va voir si je vais aimer mon futur pays d'adoption !

Je me réveille à 7h30.

 Martin Ruggle, le Suisse allemand autour du monde.

Martin Ruggle, le Suisse allemand autour du monde.

Il fait toujours plus chaud dans la tente qu'en auberge. Sans ventilation, la chaleur entre par la moustiquaire, à travers le plancher de nylon, et sort déjà par mes pores de peau. Un matin normal en Asie du sud-est.

Peu après, je rencontre Martin sur la route, un Suisse allemand en tour du monde cycliste. Il est parti en mai de Suisse, quelques semaines trop tard pour passer par l'Asie centrale. Il est donc roulé plus au sud que moi, par l'Iran, les Émirats Arabes Unis, l'Inde.

Comme deux voleurs qui comparent leurs méfaits, on s'arrête pour un café et on s'extasie devant l'itinéraire et les aventures de l'autre.

Les Kohs

 Bien content de ne pas avoir manqué mes bateaux !

Bien content de ne pas avoir manqué mes bateaux !

En langue thaï, Koh signifie île. Et à trop parler avec Martin, je rate pratiquement le seul traversier quotidien pouvant m'amener sur Koh Tao.

J'arrive pourtant à 11h15 à la billetterie du village, pensant avoir du temps en masse pour le bateau de 13h. Jusqu'à ce que la dame me dise que ce bateau est à un autre quai... à presque 30 km plus loin ! Je pars à la course pour arriver à temps. Enfin, à la course... à 20 km/h, ce qui est déjà vite pour ma lourde monture et moi. Je passe un col en chemin et j'arrive finalement en grosse sueur, juste à temps pour acheter mon billet devant une foule de touristes attendant patiemment l'embarquement à l'ombre de leur autobus climatisé.

Sur ma première île, Koh Tao, c'est le paradis des « dudes et dudettes ». La faune locale semble sortir du Beachclub de Pointe-Calumet. Abdos, tatouages, petits bikinis.

J'y suis pour revoir mes copains Julien et Daphné, un couple de Franco-Québécois que j'ai rencontré au Vietnam. Eux sont ici pour une semaine de cours de plongée. Je dois cependant repartir rapidement car j'ai une autre invitation sur Koh Samui, l'île suivante. Celle-ci, beaucoup plus grosse, est plutôt la destination par excellence des gens plus riches que riches.

Là, ce sont les charmants Antoine et Natasha qui m'accueillent dans leur petite maison sur l'île. Ils sont ici depuis un an à travailler surtout avec la clientèle des hôtels de luxe. Yoga, naturopathie, et conseils de vie à ces gens qui ont tout et se cherchent quand même. Dans l'un de ces hôtels, le prix approche les 2 000$ la nuit !

Je suis bien content d'avoir reçu l'invitation d'Antoine via ce blogue, lui-même grand cycliste avec un CV impressionnant de voyages. Il a roulé seul, ou plus récemment avec Natasha, en Chine, au Népal, en Inde, et un peu partout en Asie du sud-est.

Bienvenue en Malaisie

De retour sur le continent, je continue vers le sud. Bien que toujours en Thaïlande, je remarque qu'il y a de plus en plus de musulmans sur ma route. C'est la religion d'état de la Malaisie, de laquelle j'approche. Les femmes sont de plus en plus voilées, les peaux brunissent et la nourriture change un peu.

Ma dernière frontière se passe à l'image de tant d'autres avant elle : rapidement et presque avec plaisir. Comme d'habitude, on me dirige devant les longues files d'automobiles et, quelques minutes plus tard, j'ai un énième tampon dans mon petit carnet bleu aux armoiries canadiennes.

À l'un de mes premiers arrêts à un restaurant local, je mange seul en lisant à ma table. Un Malaisien vient m'aborder pour me dire qu'il a déjà payé mon repas et qu'il me souhaite une bonne route en Malaisie ! Et pour une fois, je comprends tout. Bien que le malais soit ici la langue officielle, l'anglais y est presque tout aussi répandu. Ça fait longtemps que la communication n'a pas été si facile.

 Un des cimetières locaux, le plus souvent construit dans une petite côte.

Un des cimetières locaux, le plus souvent construit dans une petite côte.

Les beaux hôtels...

Dans cette chaleur et humidité constante, je continue d'être aussi lâche avec ma tente. Je constate par contre rapidement que les hôtels sont plus chers ici qu'en Thaïlande. Je magasine avec un seul critère : le prix.

Assis sur la toilette de ma petite chambre sans fenêtre, je vois une immense chenille sortir du mur à deux pieds de ma face. Je tente de la maîtriser en prenant une vieille sandale de toilette.

(Parenthèse pour t'expliquer. Partout en Asie de l'est et du sud-est, les douches n'ont pas de cloisons ou de vitres autour, toute la salle de toilette est donc presque toujours mouillée. Y compris la toilette elle-même parce que les pièces sont le plus souvent assez petites. Pour ne pas toujours se mouiller les pieds, les maisons privées, hôtels et même beaucoup d'endroits publics laissent une ou deux paires de sandales « de toilette » à la porte.)

Bref, sous cette sandale de toilette se cache une coquerelle. Le temps que je prenne une décision, mes deux nouveaux petits amis ont disparu. Je tente alors de flusher ma toilette, mais je réalise qu'il n'y a pas d'eau dans le réservoir. Je dois prendre un boyau qui est à côté, mais qui fonctionne tellement au compte-goutte que je finis par flusher en utilisant la douche-téléphone...

Rappelle-moi encore pourquoi je paye pour une chambre ? Les draps sales et le matelas défoncé ? Non, sûrement pas ! Ah oui c'est vrai, l'air climatisé !  Crime que je suis rendu douillet !

Et les belles rencontres

Malgré ces hôtels douteux, ce que je constate le plus au quotidien depuis l'entrée en Malaisie est la gentillesse et la curiosité des gens. La communication plus facile aidant, j'ai de belles conversations avec beaucoup de gens. Notamment avec un adolescent dans une station-service qui m'écrit même un courriel en soirée pour me dire qu'il est en train de lire mon blogue avec l'aide de Google Translate !

J'en viens même à constater que les gens les plus généreux et curieux sur ma route semblent s'être trouvés en majorité dans les pays musulmans : Turquie, Tadjikistan, Azerbaïdjan, Malaisie. Je ne sais pourquoi, ou si c'est un hasard, mais ça commence à faire beaucoup de pays prouvant cette règle.

Les étals de jus de canne à sucre que j'adore tant se font ici plus rares. Je saute donc sur l'occasion quand j'en trouve un, tenu par une mère et sa fille. J'en achète deux d'un coup et leur parle un peu entre deux gorgées. En repartant, la mère remplit gratuitement mes deux gourdes à ras bord avec d'autre jus.

Oui, je pense bien que je vais aimer ce pays !

 Mère et fille vendant du jus de canne à sucre.

Mère et fille vendant du jus de canne à sucre.