Mon sauveur

À chaque pays, je me dis que le prochain sera plus facile. Je commence à penser qu'il n'y en aura pas de facile...!

Parce ce que là, à mon premier pays en Asie du Sud-Est, j'ai chaud.

Plus que chaud.

Je n'ai jamais sué comme ça de ma vie. L'air est tellement humide que je dois alterner entre mes deux chandails de vélo à mesure qu'ils s'imbibent de sueur...

Et pendant que mes pores évacuent comme des fontaines, et que je m'essuie la face à toutes les deux minutes, je m'entends à peine penser dans cette cacophonie.

Motocyclistes, camionneurs et automobilistes klaxonnent sans arrêt, autant en ville que sur la plus petite route de campagne. Pour me dépasser, ce sera généralement trois avertissements. Un à 50 m, un à 10 m, et un à deux pieds de ma tête !

Je viens de commencer et je suis déjà exténué et à bout de patience.

Il faut que dire que depuis plusieurs mois, je roulais dans le désert, puis dans les montagnes, où il m'arrivait de ne croiser personne pour quelques jours. De la solitude en manteau de duvet, je me suis projeté dans un sauna cacophonique. Le choc est difficile à encaisser. Je sais que je dois m'adapter psychologiquement, mais je n'y arrive toujours pas.

 Rare moment de paix en bordure de la route, auprès d'un lac de palmiers.

Rare moment de paix en bordure de la route, auprès d'un lac de palmiers.

La chance qu'on a

En plus du bruit, je constate que la Birmanie est peut-être le pays le plus pauvre que j'ai traversé à date. Certaines maisons ne sont que bâties que de quelques feuilles de palmiers sur une structure en bois surélevée du sol.

Les magasins sont nombreux, mais ils vendent tous exactement les mêmes quelques produits. Et comble total de malheur, aucun de ces produits n'est une Snickers !

En fait, à cause de la chaleur et de l'absence de vrais murs aux bâtiments, on ne trouve rien qui pourrait fondre.

En roulant, j'en viens à me demander pourquoi tant de gens habitent dans ce genre de climat. Puis je réalise que la majorité de la planète est somme toute un endroit assez inhospitalier. Quand ce n'est pas trop froid, c'est trop chaud, trop sec, trop en altitude. Ou il y a trop de pluie, trop de sable, trop d'insectes dangereux. Finalement, je me dis qu'il ne reste à peu près juste qu'une douzaine de pays dans le monde où la vie est confortable !

Je pense que je vais moins pester contre l'hiver à l'avenir...

 Beaucoup d'enfants jouent avec des fusils jouets très réalistes. Ce qui me mettait un peu mal à l'aise dans un pays où l'armée occupe encore une place prépondérante.

Beaucoup d'enfants jouent avec des fusils jouets très réalistes. Ce qui me mettait un peu mal à l'aise dans un pays où l'armée occupe encore une place prépondérante.

Crevaisons et surprise

Je me force à penser positif. Les chiens sont gentils en Birmanie ! Ils me collent et se font flatter plutôt que de me courir après la gueule ouverte.

Et une chance que c'est comme ça car je passe mon temps à réparer des crevaisons. Le principal problème étant que toutes mes chambres à air ont déjà été réparées et que mes rustines (patch) se décollent dans cette chaleur.

Debout dans le sable au milieu du village, entouré de badauds, et avec plein de mouches établissant leur maison dans mes cheveux, j'en suis à ma quatrième réparation depuis mon arrivée au pays. La deuxième aujourd'hui.

Dans les villages, même près des maisons, les camions ralentissent rarement. L'un d'eux fauche un poulet au passage. Un de mes curieux marche lentement vers la scène de crime, ramasse le poulet, et l'euthanasie en lui tordant le cou. Personne ne s'en formalise, on le mangera ce soir.

Je regarde cette scène du quotidien en continuant de pomper mon pneu. Et comme sorti du ciel, c'est là que j'entends une voix familière...

Hey Jo ! What's up boy ?!

C'est Freddy, mon chum allemand avec qui j'ai roulé au Tadjikistan et au Kirghizistan qui vient de faire une entrée remarquée au village.

Après nous être séparés au début du Kirghizistan, Fred a continué vers l'est et a pris un train en Chine. Il a ensuite pédalé un bout dans ce pays, puis au Laos et en Thaïlande avant d'entrer en Birmanie. De mon côté, j'ai traversé pendant un mois le Kirghizistan, puis j'ai pris un vol vers la Birmanie. J'avais dit à Fred que mon plan était de descendre la route 2 jusqu'à Rangoun, au sud du pays. Sachant cela, il a rejoint cette route et s'est mis à montrer une photo de moi aux gens, jusqu'à me rattraper...

- Avez-vous vu cet homme ?
- Oui, il y a deux jours.
- Avez-vous vu cet homme ?
- Oui, ce matin.

J'ai rarement été si content de voir un ami. Même dégueulasses, on ne se gêne pas pour se prendre dans les bras. Fred est un éternel optimiste. Toujours souriant, aidant, à l'avant des autres, il est un extraordinaire compagnon de voyage que je suis heureux de retrouver.

Et juste comme ça, tout d'un coup, me semble que la route apparaît déjà plus facile.

 Quel bonheur de revoir mon chum Fred. Il est ici photographié dans un monastère.

Quel bonheur de revoir mon chum Fred. Il est ici photographié dans un monastère.