Les deux côtés de la médaille suisse

Je serai passé par une vaste gamme d’émotions en Suisse, un des pays que j’avais le plus hâte de visiter. J’y aurai rencontré la neige et le soleil, la maladie et le bouillon de poulet, l’accueil... et le rejet !

 Bâle.

Bâle.

Après ma traversée de la France, je suis passé de l’Alsace à la Suisse le 17 avril, où j’y suis entré par Bâle. Quelques jours de repos à l’auberge jeunesse YMCA m’auront permis de visiter la ville, et de nettoyer mes vêtements et mon vélo.

L’ambiance des auberges jeunesse est quelque chose d’assez spécial. Comme la plupart de ses résidents sont des voyageurs aguerris, il y a souvent une petite compétition amicale sur qui fait le voyage le plus intense. Je ne sais pas si je vais me tanner de voir la face des gens quand ils apprennent mon itinéraire !

Lors de mon passage à Bâle, il y avait aussi des auditions universitaires de clarinette. Je pense que toute la jeunesse européenne s’était donnée rendez-vous pour ces auditions. Je n’avais jamais vu ni entendu autant de clarinettes de ma vie !

Après Bâle, je reprends vers l’est, et je commence à monter les Alpes ! Je fais mon frais en prenant une photo panoramique tellement je trouve la vue nice. Cette même nuit, ma petite nature me fait défaut et j’ai ma pire indigestion des quinze dernières années durant cette nuit !

Le lendemain matin, je suis tellement faible que ça me prend comme quatre heures à paqueter mes choses. Je pars pour l'unique raison que je n'ai plus d'eau. Ça monte en sale, et après 1,8 km, je suis brûlé et je me couche dans l'herbe devant une maison. Je réussi à me traîner jusqu'à la porte et à demander aux propriétaires si je peux planter ma tente sur leur terrain car je suis une faiblesse vivante. Qui pourrait dire non à ça ?!

 Su.

Su.

C'est ainsi que je rencontre Su, une Suisse allemande, et son conjoint Koen, qui est Flamand. Su me guéri rapidement avec du bouillon du poulet, un souper, et en m'invitant finalement à dormir dans la maison.

Au fil des conversations, j'apprends que Su vit avec le cancer depuis quatre ans. Elle a quitté son travail salarié mais aide maintenant les immigrants et les réfugiés à mieux s'intégrer, en leur montrant à jardiner quelques fois par semaine.

En lui faisant mes adieux vers le début d'après-midi, et en la remerciant pour sa bonté, elle me dit qu'elle avait plus besoin de me rencontrer que moi d'elle. Elle croit que ce n'est pas le hasard si j'ai cogné à sa porte. Es ist kein Zufall. Wow.

 

 
 Aeron.

Aeron.

Après cette journée de repos forcé, je reprends la route vers Zurich. Malgré mon départ tardif, j'arrive en ville sous un temps clément. En chemin, je fais la rencontre d'Aeron, un Britannique qui aura fait à peu près le même parcours que moi... mais en 6 jours au lieu d'en un mois ! 

J'aurais probablement gardé un meilleur souvenir de Zurich si je n'avais pas échappé ma caméra par terre à ma première photo, brisant mon viseur contre les beaux trottoirs de la ville. J'ai mal choisi mon endroit, Zurich est la troisième ville la plus chère au monde !

Les prochains jours sont assez difficiles. La pluie n'arrête pas et il fait extrêmement froid. Étant en tente durant la nuit, je suis incapable de me sécher ou de réellement me réchauffer. À la fin d'une de ces journées, je veux réellement me faire inviter à l'intérieur. Je cogne à une porte d'une maison où je vois quelqu'un à l'intérieur. De toute façon, l'écran de mon téléphone est tellement mouillé que je ne peux même plus accéder à mon itinéraire. La dame qui répond à la porte ne daigne même pas me répondre et me fait signe de la main de sacrer mon camp.

Quelques kilomètres plus loin, je vais me planter dans la fin de ce qui semblait être un BBQ pour une équipe de soccer locale. C'est comme rien, quelqu'un va venir me parler. Ben non, personne, malgré mes sourires engageants. Et le soleil baisse.

Alors que je me résigne à trouver un endroit pour ma tente, j'aperçois alors au loin une cabane pour enfants dans un arbre. Je la visite, elle est merveilleuse. Elle a une table et une chaise, bâties à même le sommet de l'arbre coupé, des rideaux étanches, et elle est assez grande pour que je puisse m'y étendre avec mon matelas ! Vendu.

 Le château de Sagans.

Le château de Sagans.

 Lac de Walenstadt.

Lac de Walenstadt.

À ma dernière nuit en Suisse, je me réveille dans ma tente et me demande pourquoi elle a une forme bizarre. Je réalise rapidement que c'est parce qu'elle est couverte d'au moins dix centimètres de neige ! Je dois me lever et aller chercher mon filtre à eau resté dans une de mes sacoches à vélo, car s'il gèle, il ne sera plus utilisable. Heureusement, la neige fondera pas mal la journée suivante... mais j'étais encore loin de me douter que j'en reverrais bientôt plus que jamais en Autriche !

 Le soir.

Le soir.

 Le matin !

Le matin !

Le 25 avril, après avoir roulé 450 km en Suisse, je fais assez rapidement la traversée du Liechtenstein. Pas que je ne veux pas le faire lentement, mais étant un des plus petits pays du monde avec ses 160 km2, la visite est assez vite faite. Au bureau touristique, on me donne des cartes où le pays en entier y est dessiné comme une BD. Je constate que les frontières suivent le sommet des montagnes sur trois côtés, et le fleuve à l'ouest. De là, je fais un petit bout au nord pour rejoindre Felkirch en Autriche.

La Suisse était définitement très belle - les villes autant que les montagnes. Mais j'ai trouvé plus difficile de rencontrer des gens au quotidien. Comme j'étais majoritairement en territoire allemand, peut-être est-ce en partie dû à la barrière linguistique? Peut-être aussi est-ce dû au fait que les Suisses sont conscients de leur paradis géographique et qu'ils ne souhaitent pas le partager à trop de monde. Je suis quand même très content d'y être passé, ne serait-ce que pour dormir dans une cabane dans un arbre dans les montagnes !

 

 

En chemin, je me suis rappelé qu’il y a environ une douzaine d’années, mon père et moi avions rencontré un couple de Britanniques en vélo sur la route près de notre maison familiale. Nous les avions invités à partager un dîner chez nous. Nous n'avions pas parlé de grand chose de profond, et pourtant d'accueillir ces voyageurs une heure aura marqué notre famille pour la vie. Le vélo a cet effet rassembleur, surtout lorsqu'il est utilisé pour des grands trajets épiques.

En attendant des phrases comme celle de Su, qui me dit qu'elle avait besoin de me rencontrer, et en pensant à d'autres rencontres avant, je me demande quelle impression je laisse chez les gens que je rencontre. Et quelle influence ces mêmes personnes auront sur moi. À suivre, comme on dit.