Ce qu'on apprend en ne voyageant pas seul

Après plusieurs semaines à me dépêcher et à stresser pour arriver à temps pour mon ami Mathieu, je suis enfin à Tbilissi. Je profite de quelques jours de repos, et de fête, avant de reprendre la route à deux.

Tbilissi

Les auberges jeunesse sont de merveilleux endroits pour rencontrer des gens de tous horizons. J'aime bien m'y arrêter en passant par des villes, pas juste pour me laver mais aussi pour les possibilités de partage. Et les astres étaient parfaitement alignés pour l'arrivée de Mathieu.

Pour m'aider à l'accueillir se trouvaient des incroyables voyageurs solo de la France, de l'Autriche, de la Suède, de l'Iran et de la Chine. Et comment résister à cette swag de guerrier du nord ?!

Avec cette joyeuse bande, et aidé de mon petit haut-parleur Bluetooth, on se fait une fête dansante à l'auberge. Chacun y allant de ses suggestions, la Tribu de Dana côtoie de l'électro-pop allemand et des danses iraniennes.

On prend évidemment aussi le temps de visiter la belle ville de Tbilissi, fondée au 5e siècle. Avant de prendre la route vers l'est, Mathieu est aussi assez gentil pour m'accompagner dans une petite expédition de photos sur les hauteurs de la ville. C'est probablement le meilleur endroit pour constater l'harmonie entre les anciennes et les nouvelles merveilles architecturales.

 Tbilissi, capitale de la Géorgie.

Tbilissi, capitale de la Géorgie.

Solène, la pas barrée à 40

 Solène.

Solène.

 De Tbilissi à l'Azerbaïdjan, sur 160 km.

De Tbilissi à l'Azerbaïdjan, sur 160 km.

Solène est la représentante française de notre groupe de l'auberge. Après avoir étudié une année à Moscou, elle voyage sur le pouce avant de rentrer dans ses montagnes de Haute-Savoie, près de Lyon.

Elle qui ne connaissait aucun mot de russe il y a moins d'un an, elle le parle maintenant couramment et nous est d'une aide précieuse dans cette ex république soviétique. Nos horaires concordant, Mathieu et moi, ainsi qu'elle et Mehmet, un Iranien aussi de l'auberge, nous donnons rendez-vous à Manavi, qui a pour seule qualité d'être à une bonne distance cyclable de Tbilissi.

Rendus sur place, Mathieu et moi constatons que l'endroit n'a rien d'autre à offrir qu'un champ pour y poser nos tentes. Qu'à cela ne tienne, il ne nous en faut pas plus. C'était sans compter que la charismatique et énergique Solène parle à tous les gens qu'elle rencontre.

- Mais arrête de dire à tout le monde où on va, Solène, tu vas nous faire remarquer !
- Ben, c'est ça le but !

Autre technique complètement que ce à quoi je suis habitué, c'est-à-dire à me cacher en espérant que personne ne me visite durant la nuit.

Ce qui devait arriver arriva. Une van arrive juste comme je termine de préparer le repas. Mathieu me regarde avec un regard inquiet. Il fait déjà presque nuit. Le gars sort de sa van, et sans dire un mot, ouvre la portière de côté. D'autres gars en sortent. Mathieu est à veille de partir à courir. Mehmet est en retrait.

Le conducteur sort alors d'immenses fagots de bois et s'installe à terre. On vient faire des brochettes !, nous annonce-t-il. Et on a apporté 5 litres de vin maison !

 Camping dans un champ à Manavi. Mathieu à gauche, Mehmet à droite.

Camping dans un champ à Manavi. Mathieu à gauche, Mehmet à droite.

 Notre BBQ impromptu. Mathieu n'a toujours aucune idée de ce qui se passe.

Notre BBQ impromptu. Mathieu n'a toujours aucune idée de ce qui se passe.

Sighnaghi

 Sighnaghi, et son incroyable vue.

Sighnaghi, et son incroyable vue.

Le même plan se répète le lendemain. Mathieu et moi roulons jusqu'à un point de rencontre avec Solène. Mathieu est cependant un peu inquiet de l'altitude de notre point de rencontre. Ben non, je pense que pas c'est si pire que ça, lui dis-je.

Je me trompais.

Sighnaghi est littéralement perchée au sommet une falaise. De la ville, on a l'impression de pouvoir apercevoir la Terre au complet. À contre-cœur, Mathieu accepte à mi-mot de me dire que la vue en valait la peine. Déjà sur place, Solène a trouvé une auberge et réservé les chambres. Je pourrais définitivement prendre goût à cette équipe.

La méthode Mathieu

On repart le lendemain, cette fois juste Mathieu et moi pour de bon, dans une incroyable descente en épingle de sept kilomètres. Nous suivrons maintenant la vallée pour plusieurs jours. Ayant plus ou moins bien planifié notre nourriture, il est près de 15h30 quand on s'arrête enfin pour manger, à quelques kilomètres de la frontière de l'Azerbaïdjan.

Ça fait plusieurs dizaines de kilomètres qu'on cherche un restaurant ou une épicerie. Mathieu, n'ayant pas la patience de se faire aboyer par un chien devant la porte d'entrée du restaurant, utilise une méthode que je connais pas. Il s'arrête devant le molosse, habillé de ses cuissards et de son chandail serré coloré, et regardant le chien dans les yeux, lui crie de toutes ses forces :

TA GUEULE ! J'AI FAIM !!

Succès immédiat. C'est bon de ne pas toujours voyager seul. Ça permet de partager sa culture et ses expériences, d'apprendre à sortir de sa zone de confort, d'accepter de nouvelles et différentes aventures, et de découvrir de nouvelles techniques pour parler aux animaux. Et c'est surtout bon de rire en présence de vieux et de nouveau amis.