Bakou, la ville où je devais me reposer

Tout au long du chemin en Azerbaïdjan, Mathieu et moi nous demandions où étaient les femmes dans ce pays. Toutes nos rencontres, tous les gens sur la route, que des hommes. Nous venons de les trouver. Elles sont toutes à Bakou.

Les Azerbaïdjanais sont jeunes, très jeunes. En fait, la moitié du pays a moins de 30 ans. Et Bakou, avec ses quelques 3 millions d'habitants (25% de la population totale), m'est apparue comme une face complètement différente du reste du pays. Partout en campagne, je me faisais gentiment dire de remonter le zip de mon chandail de vélo, malgré la chaleur extrême. La capitale, sans être tout à fait excentrique, est beaucoup moins pudique. La majorité des filles habitent quand même chez leurs parents jusqu'au mariage, et ont souvent des couvre-feu à respecter, mais au moins ici on ne les cache pas !

Mathieu B. Goode

 Max et Mathieu et moi, entourant Naz et ses amis.

Max et Mathieu et moi, entourant Naz et ses amis.

Pendant que je parcourais la ville en tout sens pour obtenir mon visa ouzbek, Mathieu et notre ami Max l'Autrichien visitaient la ville de leur côté.

Alors que Max se fait manger sa carte par un guichet automatique, une fille l'aborde pour savoir s'il a besoin d'aide. Max, pas plus fou qu'un autre, répond que oui. Parle, parle, jase, jase, la fille s'appelle Naz, et on se retrouve les trois touristes et plusieurs Azerbaïdjanais ce même soir dans un restaurant.

Le lendemain, Naz devient notre guide privé et nous visitons un temple zoroastrien et une montagne de feu en banlieue de la ville. Cette montagne est dans le fond un gros BBQ ancestral. Du gaz naturel s'échappe du sol, et une fois qu'une flamme y est allumée, celle-ci brûle en permanence.

On rejoint encore d'autres de ses amis le soir et on se retrouve dans un pub avec un groupe de musique qui fait des reprises rock. Mathieu n'arrête pas de dire à toutes ces bonnes personnes que je chante, et que j'ai moi-même un groupe au Canada. Me faisant crier à répétition SING ! SING ! SING !, je vais parler au leader du groupe.

- Can you play Johnny B. Goode ?
- Yes.

Il ne m'en faut pas plus. Le micro déjà à moitié dans les mains, je demande si je peux chanter. Réponse positive... et performance plus ou moins mémorable s'en suive !

Après cette soirée, Mathieu doit se diriger à l'aéroport pour retourner au Canada. Vous avez sans doute pu sentir dans les derniers textes mon bonheur d'avoir eu la chance de partager quelques centaines de kilomètres avec cet ami des quinze dernières années. Voyageur aguerri, catalyseur d'aventures et de plaisir, je l'aurais gardé plus longtemps. Merci d'être venu.

Là, je pense que je vais me reposer !

Un peu de visite

La montagne de feu où du gaz sort en permanence du sol n'est pas qu'une anomalie locale. Bakou a littéralement été bâtie avec l'argent du pétrole. Bien avant les pays arabes, l'Europe du nord ou les gaz de schistes, le pétrole sortait sans effort du sol de Bakou. Ceci a fait l'immense fortune de nombreux magnats, dont l'Américain Rockefeller et les frères Nobel (oui, les mêmes que le prix). À cette époque, la moitié du pétrole mondial provenait de cette région.

 Les fameuses Flame Towers.

Les fameuses Flame Towers.

Même que la bataille de Stalingrad, durant la secondaire guerre mondiale, avait pour but de sécuriser le pétrole de Bakou avant que les Soviétiques ne mettent la main dessus.

Aujourd'hui, Bakou vit un deuxième âge d'or pétrolier depuis que des nouveaux gisements sont en activité dans la mer Caspienne.

Et la capitale ne cherche pas du tout à cacher que son argent vient du pétrole. Au contraire, les nouvelles Flame Towers, emblème de la modernité de la ville, sont illuminées chaque soir par d'innombrables DEL comme si trois feux géants brûlaient au centre de la ville.

Cet argent pétrolier a aussi permis de payer pour les Jeux européens en 2015, l'Eurovision en 2012, et le championnat européen de F1 à partir de cette année. En dépit de son éloignement géographique à l'Europe, l'Azerbaïdjan souhaite visiblement qu'on l'associe au vieux continent !

Du vieux, la ville a aussi réussi à en garder malgré ses nombreux nouveaux bâtiments modernes. Sa vieille ville, dont la piste de F1 suit les murailles, date du Moyen-Âge, et plusieurs bâtiments en sont conservés. Les autos y sont très limitées à l'intérieur et on s'y promène à travers pleins de petites ruelles et d'escaliers.

J'ai pris cette photo du haut d'une tour qui fermait à 19h. Et je voulais y être à cette heure pour profiter de la meilleure lumière possible. Malheureusement, le sommet est encerclé de vitres sales. Je devais donc tenir mon trépied à bout de bras, tentant de le garder stable dans le vent, en répétant au garde de sécurité que j'avais encore besoin de 30 secondes avant de partir !

 Le vieux Baku, vu de la Tour de la vierge.

Le vieux Baku, vu de la Tour de la vierge.

Finalement, il restait un bâtiment historique que je n'avais pas visité : le plus gros restaurant Kentucky au monde.

Le bien-nommé KFC Palace se situe en effet dans l'ancienne immense gare de train soviétique bâtie en 1926. Je demande au fils du propriétaire de l'auberge, un charmant jeune homme de 14 ans, si ça vaut vraiment la peine d'y aller, considérant que ça ne doit finalement être qu'un gros Kentucky. Il me convainc en quatre mots.

"It's a palace, bro !"

Tu ne fais rien ?

Après ces visites, je planifie finalement prendre une journée plus relax et travailler sur mes textes et mes photos. Leonid et Sasha, deux Ukrainiens à mon auberge qui ne souhaitent pas que je fasse rien, m'invitent alors à aller visiter le Centre culturel Heydar-Aliyev, du nom de l'ancien président.

J'accepte, et n'ai aucune idée à quoi m'attendre. Plus encore que ses expositions à l'intérieur, je suis abasourdi par l'incroyable architecture du bâtiment. Bonne décision d'y être allé. Et en bonus, j'ai deux nouveaux amis.

 Centre culturel Heydar-Aliyev de Bakou.

Centre culturel Heydar-Aliyev de Bakou.

 Sasha, accotée sur l'édifice.

Sasha, accotée sur l'édifice.

La traversée

Après une semaine à Bakou, mon attente pour les visas tire à sa fin. Si tout va bien, je pourrai bientôt enfin me reposer sur le cargo qui m’amènera au Kazakhstan, de l'autre côté de la mer Caspienne. Et si le cargo est fidèle à sa mauvaise réputation, tout ne devrait pas aller bien...!