Commander à manger au milieu de nulle part

Ce billet a d’abord été publié sur l’excellent blogue des magasins La Cordée.

 

 

À la maison, le contenu des menus des restaurants est généralement beaucoup plus raffiné que celui des bouis-bouis de bord de route dans lesquels je m’arrête. En fait, en voyage, il n’est pas rare que le restaurant soit si petit que je ne sois même pas certain que ce soit bien un restaurant. Je me suis déjà assis sur l’une des quelques chaises placées chez une dame avant d’apprendre qu’elle cuisinait pour sa famille…

Je vous vois déjà sourciller. « T’es pas capable de reconnaître un restaurant?! ».

 Des têtes de canards en Chine. Un « vrai » buffet chinois!

Des têtes de canards en Chine. Un « vrai » buffet chinois!

Eh bien, ce n’est pas si facile! Certains pays d’Asie du Sud-Est sont tellement pauvres que beaucoup de maisons couvrent leurs murs de vieilles affiches publicitaires. Des panneaux de compagnies cellulaires le plus souvent, mais parfois aussi des affiches de nourriture. Ça leur permet d’économiser le coût d’achat d’un vrai recouvrement extérieur.

Les restaurants dans le milieu des routes de campagne sont aussi généralement de très petites opérations. Bien souvent, une seule dame cuisine de sa maison. Le meilleur indice pour savoir que je me trouve en présence d’un restaurant, c’est qu’il y a quelques chaises et deux-trois tables placées à l’extérieur.

Avec quelques gestes, je m’assure donc que je peux m’asseoir et manger. J’ai d’ailleurs dû adapter mon langage des signes au fil des pays. Alors que, de l’Europe à l’Asie centrale, je faisais mine d’approcher une fourchette de ma bouche, en Asie orientale, je mime plutôt le fait de manger avec mes doigts ou des baguettes.

 Dans la cuisine d’un restaurant de la Chine rurale.

Dans la cuisine d’un restaurant de la Chine rurale.

Une fois assis et certain d’être dans un restaurant, je peux commander. Encore faut-il que je puisse le faire. Une chance que mon choix est facilité par le fait que, dans la majorité de ces endroits, les options se limitent à moins de trois plats.

Mon père m’a rejoint au début 2017 pour rouler un mois au Vietnam. À notre première journée de route, j’ai choisi l’un de ces petits endroits typiques. Mon père et moi avons pris place sur des chaises en plastique rouges. Une dame s’est approchée de nous, en souriant. « Parfait!, me suis-je dit, nous sommes bien dans un restaurant. » J’ai pointé mon père, puis moi, et je lui ai fait un signe de deux avec mes doigts. Le tout en silence.

– Qu’est-ce que tu as commandé? m’a demandé mon père.

– Aucune idée, mais j’en ai commandé deux.

Mon système

Dans la majorité des pays, parler la langue locale n’est même pas un prérequis. Les gens comprennent rapidement mes signes et que je suis heureux de manger n’importe lequel de leur plat.

Mais pas en Chine.

Oh non! En Chine, tout est différent.

En Chine, ils veulent une réponse claire sur ce que je veux manger. D’abord, le menu est plus détaillé et j’ai rapidement abandonné l’idée de tenter d’expliquer que je n’ai pas de préférences alimentaires. Et comme le langage des signes est différent du nôtre, rien ne fonctionne.

J’ai donc dû adopter un système spécial en trois étapes. Je m’arrête à la première étape qui fonctionne :

  1. Pointer le plat d’un autre client, s’il y a un autre client.

  2. Pointer une ligne au hasard sur un menu écrit en chinois, lorsqu’il y a un menu, et attendre la surprise.

  3. Me diriger vers la cuisine. Pointer un chaudron ou un aliment au hasard. Répondre oui à la question qui suit. Espérer que la question n’était pas si je voulais le plat épicé. Attendre la surprise. Demander plus d’eau pour manger le plat épicé.

Puis, il ne me reste qu’à payer. À cette étape, j’ouvre généralement la calculatrice sur mon téléphone. Ma gentille restauratrice peut ainsi facilement m’indiquer le prix. Les chiffres étant, à ma plus grande joie, un alphabet universel.

 Bon appétit !

Bon appétit !

Au pays du sushi

J’écris tout ceci du Japon, mon dernier pays asiatique avant de poursuivre ma route en Amérique du Sud. Et j’en profite pour faire une pause de mes drôles de techniques. On trouve, au pays du Soleil levant, de très bons sushis dans tous les dépanneurs du pays, c’est-à-dire environ tous les 300 mètres!

 Taku, cuisinier et propriétaire d’un tout petit restaurant à Kobe au Japon, qui me sert, avec le sourire, de la langue de cheval.

Taku, cuisinier et propriétaire d’un tout petit restaurant à Kobe au Japon, qui me sert, avec le sourire, de la langue de cheval.

Et, dans cette contrée où la cuisine est un art autant qu’une science ancestrale, je me laisse bien souvent charmer les yeux et les papilles en m’assoyant devant le cuisinier artiste, au bar d’un petit restaurant. Là, se coupent finement les poissons et les viandes bien souvent crues.  « Quelle est cette viande ? », que je demande, la bouche pleine, avec l’aide de Google Translate. « De la langue de cheval crue. » Comme quoi chaque pays apporte son lot d’aventures et d’expériences.

Bon appétit!