Père et fils

Après un voyage de 35h, trois vols et de longues escales, mon père débarque à 1h du matin à l'hôtel de Hanoï où je l'attendais patiemment. Nous passerons janvier à rouler ensemble au Vietnam.

 À l'autre bout du monde, contents d'une pause sur un traversier.

À l'autre bout du monde, contents d'une pause sur un traversier.

La dernière fois que j'ai vu mon père André, c'était à l'aéroport à Montréal, avant de partir en mars dernier.

Comme je l'expliquais dans mon texte de départ, il y a déjà presque un an, c'est lui qui m'a transmis l'amour du vélo. J'étais jeune adolescent lorsque nous partions, accompagné de mon petit frère Sacha, pour des voyages cyclistes de quelques jours. C'était alors le début des pistes cyclables : le Petit train du nord dans les Laurentides, la véloroute des Bleuets autour du Lac St-Jean.

Alors que j'ai passé les années suivantes à rouler principalement en montagne et en ville, André, ou Pops comme je l'appelle affectueusement, a cumulé les voyages à vélo, seul et en groupes organisés. Au fil des saisons, ses pneus de route ont touché le bitume de Cuba, du Costa Rica, de la France, de l'Italie et du Portugal notamment, en plus de sillonner le Québec, l'Ontario et les États-Unis. Autant dire qu'il n'en était pas à ses premiers coups de roue en débarquant au Vietnam.

Mais ma réalité est bien loin des voyages où tout est prévu et connu d'avance. Nous avions convenu que j'abandonnerais ma tente pour un mois et que l'on partagerait des chambres d'hôtel. Mais hors des routes touristiques, chaque jour est une surprise où rien ne peut être pris pour acquis. Je ne connais rien de la route avant de la voir se dérouler devant moi. La qualité des logements, de la nourriture, je ne pouvais rien lui promettre. 

Mais Pops arrive sans crainte et avec le sourire. À 1h du matin en entrant à l'hôtel, s'il avait quelques appréhensions, elles étaient bien loin derrière notre joie de se retrouver.

Hanoï

Ça ne prend pas plus de quelques secondes pour se rendre compte que la capitale du Vietnam est bruyante. C'est la cacophonie et s'y déplacer demande une attention soutenue.

Notre chambre d'hôtel n'a pas de fenêtre, et c'est ici un avantage, puisque ça nous coupe du bruit incessant de la ville.

Ceci dit, le paternel est ici pour visiter, et c'est ce qu'on fait.

On commence par l'ancienne prison Hòa Lò. Construite par l'occupant français en 1896, elle servit pendant une soixantaine d'années à enfermer les dissidents vietnamiens. Elle fut ensuite utilisée par les Vietnamiens eux-mêmes pour garder les otages américains durant la guerre du Vietnam. On dit cependant que les Américains y furent beaucoup mieux traités que leurs prédécesseurs vietnamiens, les Américains allant même jusqu'à surnommer la prison le Hanoi Hilton.

Le lendemain, on se rend notamment au mausolée de Hô Chi Minh. L'oncle Hô, comme on le surnomme ici, est le fondateur du Vietnam moderne. C'est lui qui a fondé le parti communiste vietnamien, et ensuite la République du Vietnam. Celle-ci remporta ultimement la guerre du même nom quelques années après la mort de son fondateur. En 1975, Saïgon, la plus grande ville du Vietnam, fût renommée Hô-Chi-Minh-Ville en son honneur.

 Mon père André, perplexe dans l'ancienne prison d'Hanoï.

Mon père André, perplexe dans l'ancienne prison d'Hanoï.

 Le mausolée d'Ho Chi Minh, à Hanoï.

Le mausolée d'Ho Chi Minh, à Hanoï.

En route vers Cat Ba

 Les travailleurs aux champs sont nombreux dans la campagne vietnamienne.

Les travailleurs aux champs sont nombreux dans la campagne vietnamienne.

Le baptême du vélo asiatique pour mon père se fait en sortant de la capitale. Il faut avoir des yeux partout autour de la tête, et on réalise rapidement que le bruit ne cessera pas avec la fin de la ville. En fait, les villes se succèdent les unes après les autres sur la route, et partout les assourdissants klaxons continuent de se faire entendre dans tout le corps.

Comme aucun repos auditif n'est possible durant la journée, même en arrêtant manger, on privilégie de longs kilométrages pour ensuite se reposer dans des endroits plus calmes.

Notre premier arrêt est l'île de Cat Ba, dans la baie de Ha Long, à l'est de Hanoï. On prend quelques traversiers sur différentes îles pour finalement y arriver. Les gens sur le bateau, comme sur toutes les routes, ne semblent pas avoir eu le mémo sur l'environnement ici : les déchets sont jetés par-dessus bord sans aucun remords, et même la toilette du bateau se déverse directement dans l'eau à la vue de tous.

On part de loin quand je compare avec le fait que je recycle jusqu'à mes post-it à la maison...

Enfin, je tente de me calmer en me disant que l'éducation finira probablement par se faire éventuellement. Pour l'instant, au menu du prochain chapitre : excursion en bateau, discussion avec la police et retour dans la cacophonie !

 Baie de Cat Ba, dans le nord-est du Vietnam.

Baie de Cat Ba, dans le nord-est du Vietnam.