Mon frère italien

Je continue de remonter la Carretera austral et notre duo s’adjoint d’un troisième mousquetaire italien.

Davide, fier d’une récolte de framboises sauvages.

Davide, fier d’une récolte de framboises sauvages.

C’est peu après le village de Puerto Río Tranquilo que l’on dépasse un cycliste roupillant en bordure du chemin. À ma basse vitesse de croisière, c’est rare que je rattrape quelqu’un !

Le voyageur s’appelle Davide Pasqualetto et vient de Turin en Italie. Nous poursuivons notre route côte à côte et la faible circulation de la Carretera austral permet d’en apprendre un peu plus sur ce joyeux luron. En voyage pour quelques mois, le Turinois de 26 ans est parti de chez lui direction l’Espagne, avant de voler vers l’Amérique du Sud. Il remonte présentement comme Freddy et moi de la Terre de feu vers le Nord, jusqu’à la fin de la Carretera.

Comme avec toute nouvelle relation, nous ne nous engageons cependant pas trop rapidement. Roulant à la même vitesse que nous, Davide passe la journée à nos côtés et campe avec nous en soirée. Prêts au même moment le lendemain matin, nous partons les trois ensemble. Puis de fil en aiguille, notre relation devient plus sérieuse. Sans le dire officiellement, Davide devient notre troisième mousquetaire. Un peu comme lorsque j’avais moi-même rencontré Freddy et son ami Pierre au Tadjikistan.

Le sable au loin est soulevé par le fort vent des montagnes.

Le sable au loin est soulevé par le fort vent des montagnes.

Les montagnes s’aplatissent à mesure que l’on remonte vers le Nord.

Les montagnes s’aplatissent à mesure que l’on remonte vers le Nord.

Davide

C'est le premier long voyage à vélo de notre nouvel ami. Et Davide est simplement l’Italien parfait. Il a constamment un litre d’huile d’olive avec lui et il transporte même une robe de chambre en soie pour les (très rares) fois où l’on s’arrête en auberge.

Il salue les vaches au passage et regarde tellement autour de lui qu’il en zigzague sur la route. Il est aussi un terrible casse-cou. L’Italien descend les côtes couché sur son vélo, le plus souvent sans son casque et à des vitesses folles. Une journée, il nous raconte quelques-unes des fois où il s’est blessé par le passé. Comme lorsqu’il avait essayé de sauter par-dessus une clôture de barbelés, a glissé et est resté pris la jambe accrochée en l’air sur les épines métalliques... Parfait, je vous dis !

Davide rencontrant Dafydd, un Gallois de 67 ans avec qui l’on discute sur la route.

Davide rencontrant Dafydd, un Gallois de 67 ans avec qui l’on discute sur la route.

Davide « Pasco » Pasqualetto lancé une fois de plus à pleine vitesse !

Davide « Pasco » Pasqualetto lancé une fois de plus à pleine vitesse !

L’ami Davide est aussi cultivé et réfléchi. À nos feux de camp du soir, nous discutons de politique italienne et européenne, d’histoire sud-américaine, et jouons beaucoup à ce nouveau jeu inventé qu’on appelle « Devine à quel pays je pense » ! Et pourtant, il n’a jamais étudié à l’université. Il croyait à l’époque ne pas être de ce niveau. Il a depuis réalisé qu’il avait fortement surestimé la population universitaire. Sa vingtaine s’est donc passée d’un emploi à l’autre, incluant vendre des pièces d’autos et faire des animations théâtrales, jusqu’à ce voyage cycliste. Il aimerait avoir sa propre entreprise au retour, peut-être un atelier de vélo.

Davide et moi gardons le sourire même sous la pluie.

Davide et moi gardons le sourire même sous la pluie.

Réparation de chaîne sur la monture italienne.

Réparation de chaîne sur la monture italienne.

Plaisir asphalté

Sur la gravelle, notre progression continue d’être lente et désordonnée. Pour se donner du jus, nous faisons semblant de jouer au jeu vidéo Mario Kart avec nos vélos. On se lance de fausses bananes et coquilles, on s’accroche un peu avec nos sacoches, on accélère en chantant comme si on venait « d’attraper une étoile »… et Davide répète « IT’S MEEE, MARIO ! » avec un fort accent italien !

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Ces jeux nous amènent jusqu’à une quinzaine de kilomètres avant le village de Cerro Castillo, où nous retrouvons avec une immense joie une surface récemment cimentée. Dès qu'on quitte le gravier, le vélo semble avancer tout seul. Davide s’arrête et embrasse le pavé « à la Jean-Paul II ». Après des centaines de kilomètres à grimper et descendre sur la roche molle, la surface dure est jubilatoire.

L’autre avantage de rouler à plusieurs est le partage des tâches pour la préparation du souper. Ce soir-là au camping sauvage, nous mangeons du riz, des légumes et des saucisses cuites sur les braises d’un feu de camp. Le camping au Chili est difficile à égaler !

Davide et Freddy cuisinent au camp. Je m’occupe des photos les deux pieds dans l’eau glacée.

Davide et Freddy cuisinent au camp. Je m’occupe des photos les deux pieds dans l’eau glacée.

Davide, préposé à la prévention des incendies.

Davide, préposé à la prévention des incendies.

Le « queque inglés », ou l’English Cake, piton rocheux près de la ville de Coyhaique.

Le « queque inglés », ou l’English Cake, piton rocheux près de la ville de Coyhaique.

La rivière Mañiguales.

La rivière Mañiguales.

Quelques maisons du village montagnard de Villa Amengual.

Quelques maisons du village montagnard de Villa Amengual.

Un rythme différent

Davide et Jonathan devant le lac Las Torres.

Davide et Jonathan devant le lac Las Torres.

C’était la première fois que Davide voyageait à vélo avec d’autres cyclistes. Comme moi il y a deux ans lorsque j’avais rencontré Freddy pour la première fois. Ça demande un certain ajustement. Mais vivre en nature, et affronter ensemble des défis à longueur de journée, forme de profondes amitiés qui resteront avec nous toutes nos vies j’en suis certain.

Je prends davantage de photos, et prends plus mon temps, que mes deux compagnons. Ce qui les force à ralentir. On roule moins, mais on voit plus. Et eux m’inspirent de leur côté à manger autre chose que mes sempiternelles pâtes fades. C’est aussi bien plus agréable de discuter, de chanter et de jouer à Mario Kart avec des amis que seul.

Les jours et les semaines se passent donc à trois maintenant. Au rythme des efforts, des montées et des descentes, des repas, des conversations et des jeux.

J’avais déjà un frère allemand. J’ai maintenant un frère italien.

Un Allemand, un Canadien et un Italien… au sommet d’une montée.

Un Allemand, un Canadien et un Italien… au sommet d’une montée.