Sprint vers la sortie

Mes semaines à Shanghai m’avaient fait oublier le bruit omniprésent de la Chine… Pédalons en masse qu’on en finisse !

Dès que je sors de la ville, le bruit des klaxons et de la circulation reprend. Même après trois semaines de repos, mon impatience face au bruit revient au galop. Et surtout, j’ai pris du retard sur mon horaire prévu. Un ami vient me joindre au Japon pour rouler avec moi, et j’ai environ 2000 kilomètres à faire en quelques semaines pour arriver à temps.

La sortie de la ville se fait aussi bien que l’entrée. Ce qui m’étonne une fois de plus considérant la population de presque 25 millions de cette agglomération. J’arrive en fin de journée à l'embouchure du fleuve Yangtsé peu après Shanghai. Serpentant sur plus de 6300 km, c'est le 3e plus long fleuve du monde, après l'Amazone et le Nil. La traversée se fait néanmoins sur un traversier normal cette fois, me contentant de jeter un regard nostalgique sur les gros cargos qui frôlent ma petite embarcation et qui me rappellent ma récente traversée en mer de Chine.

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 730 km, de Shanghai à Qingdao en une semaine.

730 km, de Shanghai à Qingdao en une semaine.

 Le soleil se couche pendant ma courte traversée de la rivière.

Le soleil se couche pendant ma courte traversée de la rivière.

 Une magnifique lumière, tristement étouffée par de la fumée d’usine.

Une magnifique lumière, tristement étouffée par de la fumée d’usine.

Records de distance

Je m’attendais à ce que la côte est soit plus développée. Bien sûr, elle l’est, mais j’avais l’impression que ça ne serait qu’une immense région urbaine où les villes se touchent les unes aux autres. Je passe plutôt fréquemment à travers de grandes étendues agricoles ou forestières. De temps en temps, je réussis même à m’évader sur des routes plus tranquilles. Mais le plus souvent, la route la plus tranquille demeure l’autoroute.

À cause des klaxons, toujours. Les automobilistes et camionneurs sont moins bruyants sur l’autoroute. Alors que chaque feu de circulation ou traversée de village est assourdissant. Je me fais donc à l’idée que je suivrai l’accotement d’autoroute pour quelques centaines de kilomètres. Et comme c’est loin d’être ma route la plus agréable ou avec le plus de choses à voir, je pédale sans arrêt du matin au soir. J’éclipse même mon précédent record de distance en faisant 147 km en une journée. Avec une moyenne qui dépasse à peine 15 km/h, ça fait pas mal d’heures en selle !

 Je croise quelques centaines d’éoliennes le long de cette longue autoroute vers le nord.

Je croise quelques centaines d’éoliennes le long de cette longue autoroute vers le nord.

 Je sors de l’autoroute vers des chemins plus tranquilles quand je peux.

Je sors de l’autoroute vers des chemins plus tranquilles quand je peux.

 Sans contredit le soleil le plus incroyable que j’aie vu de ma vie !

Sans contredit le soleil le plus incroyable que j’aie vu de ma vie !

La Chine est pratiquement aussi étendue que le Canada. Même en enfilant les journées de 100 kilomètres et plus, je n’ai pas l’impression de bouger sur la carte. Une chance que je ne me limite qu’à une petite section du pays !

Tout ce pédalage me laisse beaucoup de temps pour penser. Mes semaines de sédentarité à Shanghai m’ont donné une certaine envie de m’installer quelque part. La vie d’aventures apparaît fantastique en photos et en quelques paragraphes, mais elle demande beaucoup, beaucoup d’énergie. Il existe des avantages que j’adore à cette vie de découvertes. J’apprends sans cesse, je vois d’incroyables paysages, je rencontre sans arrêt des gens fascinants.

Mais c’est aussi difficile de tisser des liens plus durables en changeant d'endroit à tous les jours. Et puis je me surprends à m’ennuyer d’objets familiers auxquels je ne portais pas nécessairement attention avant. Une bibliothèque remplie de livres par exemple. Ça fait bien longtemps que je n'ai pas lu de vrai livre. Même le mien ! Je me contente de lire sur mon téléphone pour sauver du poids.

J’ai donc ces pensées de m’installer qui me travaillent. Mais que ferais-je ? Un autre emploi de bureau ? J’ai peine à l’imaginer. À côtoyer la misère humaine partout dans le monde, le quotidien me semble de plus en plus teinté de futilité. Tant qu’à ça, aussi bien continuer à explorer, à apprendre et à remplir mon corps d’endorphine en pédalant.

 Je ne suis pas certain… dans quel pays suis-je encore ?!

Je ne suis pas certain… dans quel pays suis-je encore ?!

Chine 2.0 ?

 WeChat Pay est partout, des plus grands magasins aux étaux de fruits.

WeChat Pay est partout, des plus grands magasins aux étaux de fruits.

La Chine est un pays plutôt paradoxal. D’un côté plus développé que quiconque, et de l’autre dangereusement en retard. Je dois refuser plusieurs fois les sacs en plastique que l’on m’offre. Les vendeurs insistent et insistent. « C’est gratuit ! ». « Je n’en veux pas, que je réponds, j’en ai déjà plein ! ». Idem pour les cigarettes que l’on continue de m’offrir comme si c’était de la gomme.

Mais d’un autre côté, plus personne n’a d’argent comptant dans ce pays. WeChat est une application de messagerie omniprésente ici. Elle remplace Whatsapp ou Facebook Messenger qui sont bloqués par le gouvernement. En plus de la messagerie, on peut aussi s’en servir pour transférer de l’argent de façon instantané en numérisant des codes QR. Soit d’un ami, pour payer un restaurant ou un marchand… jusqu’à ses fruits au marché. Le pays approche vraiment de devenir complètement sans papier. Plus personne ne semble même avoir de porte-feuilles avec soi. Sans blague, même certains sans-abris ont leur code QR pour se faire transférer de la monnaie !

Traversée vers la Corée

Après cette semaine difficile pour mes jambes et mon derrière, j’arrive enfin à Qingdao, ville portuaire et destination finale de mon périple chinois. C’est de là que je planifie prendre le traversier vers la Corée du Sud.

Le bateau a cependant une journée de retard à cause des vagues. Mais plus tristement, je n’ai pas même de garantie de pouvoir le prendre la journée suivante. C’est le début de vacances chinoises, et la fin de vacances coréennes. Tout le monde semble vouloir prendre ce bateau ! L’entièreté des billets sont déjà vendus, et le prochain navire ne serait que trois jours plus tard…

Je reviens quand même le lendemain au port, et me mets dans la ligne d’attente déjà bondée. À chaque fois que j’arrive au comptoir, je demande au seul employé qui parle anglais s’il y a eu des annulations. Les réponses se succèdent par la négative, et je me remets en ligne. Quatre fois. Jusqu’à ce que je sois rendu le dernier passager dans le terminal. L’employé me fait enfin signe d’approcher, et m’annonce qu’une personne ne s’est pas présentée. J’obtiens son billet !

Corée du Sud, j’arrive.