Taipei et la Chine japonaise

Encore plus que dans le reste du pays, la capitale de Taïwan est un mélange de la Chine et du Japon.

 Circulation de nuit à côté de la tour Taipei 101.

Circulation de nuit à côté de la tour Taipei 101.

Déjà à travers le pays, on sent l’influence japonaise toujours présente, même longtemps après la fin de la période coloniale terminée depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Plusieurs des routes ont été construites par le Japon. Elles semblent respecter le paysage, les montagnes sur lesquelles elles passent. Peut-être est-ce parce qu’elles datent d’une autre époque, mais je n’avais généralement pas l’impression ici que le béton avait été mis un peu n’importe où pour se rendre d’un point A à un point B.

Puis il y a l’omniprésence des Family Mart et autres dépanneurs que l’on retrouve partout au Japon. Avec des sushis et autres produits typiquement japonais (dont mes fantastiques onigiris quotidiens).

Mais contrairement au Japon où tout est impeccable, jusqu’à la toilette, Taïwan m’apparaissait parfois comme une façade luxueuse cachant une certaine pauvreté. Les toilettes de ces dépanneurs modernes me transportaient justement parfois dans un autre monde. De la propreté des étalages, je passais parfois aux cultures bactériennes sur les murs…

Les noms anglais

 Le centre-ville de Taipei, vu d’Elephant Hill.

Le centre-ville de Taipei, vu d’Elephant Hill.

Malgré ma jeunesse qui s’efface peu à peu, je me retrouve à nouveau en auberge jeunesse lorsque j’arrive en ville. C’est une belle occasion de rencontrer d’autres gens, locaux comme touristes d’un peu partout. Et ça me sort de ma solitude. Les employées se présentent en me nommant leurs noms anglophones.

Comme presque tous les Asiatiques qui apprennent l’anglais, ils se baptisent eux-même d’un nom anglais pour faciliter la vie aux étrangers. Je trouve toujours cette situation bizarre. Quelques étrangers se donnent des noms chinois s’ils habitent ici longtemps, mais la plupart d’entre nous ne faisons pas cet effort. Je tente donc de leur rendre la pareille et d’apprendre leurs vrais noms. Je leur demande même pourquoi ils n’insistent pas davantage pour utiliser leurs noms chinois.

– Si on utilise nos noms chinois, vous allez l’oublier en 5 secondes.
– Pfff ! Pas moi !
– Ah oui, c’est quoi mon nom encore ?
– Euh… Ohang ? Oh Yang ? Ça sonnait quelque chose comme ça…

Pris à mon propre jeu. Je réalise à quel point ils sont impressionnants d’apprendre nos noms qui sonnent aussi étranges à leurs oreilles que le leur pour nous.

 Vue sur la banlieue nord de Taipei.

Vue sur la banlieue nord de Taipei.

Les fantômes

J’ai lu une statistique récemment. La Chine est de très loin le pays qui compte le moins de personnes se déclarant avoir des croyances religieuses. Je ne connais pas le chiffre pour Taïwan mais ça ne doit pas être si éloigné.

Avec quelques gens de l’auberge, surtout des Taïwanais, je vais marcher en montagne près de la ville. Alors que je prends des photos, le groupe s’éloigne et se demande alors où je suis. Mais ils ne veulent pas crier mon nom et m’attendent donc en silence. Ying, l’une des filles, m’explique pourquoi.

Si on crie le nom de quelqu’un en forêt, ça va attirer les fantômes. Et un fantôme pourra prendre la personne et on ne la reverra plus jamais.

Pas de croyances religieuses, mais certainement beaucoup de superstitions !

 Taipei, avec son immense tour Taipei 101 surclassant tous les autres gratte-ciel.

Taipei, avec son immense tour Taipei 101 surclassant tous les autres gratte-ciel.

Taïwan… ou la Chine ?

En parlant de Taïwan sur ce blogue, j’ai toujours utilisé le mot pays. L’île n’est cependant reconnue comme telle que par une très petite minorité d’états dans le monde. La Chine a toujours refusé l’indépendance de Taïwan, et peu osent se mettre l’Empire du milieu à dos. Taïwan est donc de facto un pays, mais sans la reconnaissance internationale. Ils ont leur propre monnaie, leur propre gouvernement démocratique, leur propre armée, et certainement une immense fierté de ne pas être Chinois.

Ying, la même qui me parlait des fantômes, me parle avec horreur d’une scène qu’elle a vue quelques semaines avant.

J’ai vu des Chinois, que j’ai reconnus à leur accent. Et… ils mangeaient dans la station de métro !!

« Est-ce la fin de l’anecdote ? », que je lui demande. Elle semble outrée. « Manger dans le métro, ils ne savent pas vivre sur le continent ! » Je ne peux m’empêcher de trouver encore une fois la ressemblance frappante avec le Japon et son incroyable respect des autres.

L’histoire

 Nancy, guide touristique dans la capitale, qui m’en a beaucoup appris sur le sujet lors d’un tour de ville.

Nancy, guide touristique dans la capitale, qui m’en a beaucoup appris sur le sujet lors d’un tour de ville.

Je vous ai dit que l’île de Taïwan était une colonie japonaise. De 1895 à 1945 plus précisément. Après la Guerre, le Japon signa un traité pour redonner Taïwan à la Chine, les précédents « propriétaires ». En même temps, la Chine continentale vivait elle-même plusieurs bouleversements. Le Kuomintang est le parti au pouvoir de 1928 à 1949 de ce qui s’appelle alors la République de Chine (ROC). C’est à eux que Taïwan est remis.

En 1949, Mao Zedong et ses communistes prennent le pouvoir au Kuomintang qui est chassé. La Chine est renommée la République populaire de Chine, et le Kuomintang se réfugie sur Taïwan en continuant de se déclarer le gouvernement officielle de toute la Chine. Nous avons donc deux gouvernements qui réclament l’entièreté du territoire, la Chine continentale comme Taïwan.

L’ambiguïté principale vient du fait que l’île a bel et bien été retournée à la Chine… mais à quelle Chine, la ROC ou la République populaire de Chine ?

Dans le livre Asia’s Cauldron, Robert D. Kaplan décrivait récemment Taïwan comme la Berlin du 21e siècle. À l’instar de la capitale allemande à l’époque du mur et de la Guerre froide, l’île est prise entre deux mondes.

La Chine tente aujourd’hui d’asphyxier sa « province » en pesant de toute sa puissance contre toute participation aux instances internationales, dont l’ONU. De l’autre côté, les différents gouvernements à Taïwan savent bien qu’ils ne peuvent affronter directement la puissance du continent. Leur but est donc de s’accrocher au statu quo sans faire de vagues.

Ne pas crier le mot Taïwan trop fort, quoi. De peur que les fantômes les fassent disparaître.